Poullo-Dimo
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22/01/2025
𝐂𝐡𝐚𝐩𝐢𝐭𝐫𝐞 𝟑𝟐
L'appel se termine. Je reste là, le téléphone toujours collé à mon oreille, le souffle court.
𝐃𝐋𝐏 𝐝𝐞 𝐌𝐚𝐫𝐢𝐚𝐦𝐞
Cela fait maintenant un mois que Mazid est parti. Youssouf m'a confié qu'il les a appelés pour les prévenir de son arrivée. Moi, rien. Pas un message, pas un appel. Rien. S'il tenait ne serait-ce qu'un peu à moi, il aurait pris la peine de me contacter, non ? Mais non... ça montre simplement que je m'accroche à quelqu'un qui ne m'accorde aucune importance.
Bref ! Aujourd'hui, comparé aux premiers jours de son départ, je me sens mieux. Alhamdoulillah. C'est déjà une victoire.
Hamid, lui... Oh là là ! Ce gars-là, c'est un phénomène. Toujours plein de vie. Pendant les deux semaines où il était occupé à superviser les travaux à la maison, il ne cessait de me faire rire avec ses blagues. Même après les travaux, il a continué à me divertir. Maintenant que c'est terminé, sa présence me manque un peu.
Depuis, Hamid et moi sommes devenus très proches. Je vous l'ai dit, c'est quelqu'un de vraiment unique. On se parle tout le temps, H24. Je lui ai raconté mon histoire avec Mazid, et il m'a donné des conseils précieux qui m'ont aidée à mieux supporter son absence et à aller de l'avant. Je l'aime beaucoup, mais c’est différent de ce que je ressens pour Mazid. L’amour que j’éprouve pour Abdoul Mazid, n'est comparable à rien dans ce bas monde.
Aujourd'hui, c'est un jour comme les autres. Rien de spécial. Je ne sors presque plus de chez moi. En un mois, je n'ai rendu visite à Youssouf qu'une seule fois, à la demande de tante Halima. Quant à Fatima, pas une seule visite.
Je suis devenue un peu comme un loup solitaire. Même à Mariama, je ne parle plus autant qu'avant. Mes cahiers sont devenus mon refuge. C'est là que je trouve un peu de paix.
Alors, comme je le disais, aujourd'hui, c'est un jour banal, exactement comme les autres depuis un mois. Il était 15h . J'étais plongée dans mes révisions quand mon téléphone a vibré. Sur l'écran, "Mon Ouf". C'est le surnom que j'ai donné à Hamid dans mes contacts. Un sourire s'est immédiatement dessiné sur mes lèvres.
Moi : Yooo ?
Hamid : Na yaaaaaaa ! Comoeva ? (Comment tu vas ?)
Moi : Viabien ! Arrête avec ton français, là, je ne comprends rien.
Hamid : N’empêche tu me répond toujours. Mais bon j'arrête.
Moi : Tu n'es pas possible, toi.
Hamid : C'est mon deuxième prénom, ne l'oublie pas. Alors, tu fais quoi ?
Moi : Je suis dans mon refuge.
Hamid : Encore en train de réviser ?
Moi : Oui.
Hamid : Et si tu sortais un peu ? Viens te détendre avec un petit maçon comme moi. Je commence à regretter de t'avoir dit de te concentrer autant sur tes cours pour réussir haut la main à ton baccalauréat.
Moi : Pourquoi pas ? Mais j'y gagne quoi, moi ?
Hamid : Du ciment et des briques.
Moi : Pour construire quoi ?
Hamid : Un amour de béton, solide et indestructible.
Moi : Pardon ?
Hamid : Juste pour te dire que se divertir un peu n'a jamais tué personne. Alors ?
Moi : Laisse-moi terminer cet exercice, et j'arrive.
Hamid : Bien. À tout à l'heure.
Après avoir fini mon exercice, comme promis, je prends une do**he, m'habille, et je sors. Il m'attendait un peu loin de chez moi – vous connaissez ma tante et sa folie. Hamid n'a pas de voiture, mais sa moto est suffisante pour nos balades. On fait le tour de plusieurs endroits avant de finir dans un petit jardin près de l'aérodrome. Là, on prend quelque chose à grignoter, et on discute tranquillement.
Vers 18 heures, je décide de rentrer pour éviter les problèmes. On se dirige vers le parking quand, tout à coup, on croise Gadiri.
Gadir : Hé Mariame ! Qu'est-ce que tu fais là ?
Hamid : Ce qu'elle fait là ? Ce que toi tu fais là !
Moi : Du calme, les gars. Pas besoin de hausser le ton.
Gadir : Je t'ai adressé la parole, toi ?
Hamid s'avance vers lui, les yeux brillants de provocation.
Hamid : Oui, vu que tu parles à ma femme. Et tu n’a aucune droit d’adressee la parole à la mère de mes enfants. La prunelle de mes yeux. Oui, la plus belle et fantastique femme qui puisse exister. Et toi, tu es qui pour oser poser les yeux sur elle ?
Je reste bouche bée. Les mots de Hamid résonnent dans ma tête. Est-ce qu'il pense vraiment tout ça ou c'est juste pour provoquer Gadiri ?
Gadir : Ah bon ? Ta femme ? À combien tu l'as dotée pour te permettre de parler comme ça ? Espèce de moins que rien.
Hamid : Tu me traites de quoi, là ? Le de déchet ici c’est toi ! Répète ça encore une fois, je te casse la gu**le.
Les choses dégénèrent. Gadiri répond avec une insulte, et Hamid lui envoie directement un coup de poing. J'essaie de m'interposer, mais Gadiri me repousse violemment. Je tombe dans une flaque de boue, mes vêtements complètement salis.
Hamid se fige en me voyant au sol. Une veine se dessine sur son front. Je sens la tempête approcher.
Hamid : T'as vu ce que tu lui as fait, imbécile ?!
Il se rue sur Gadir et ils commencent à se battre. Les coups fusent dans tous les sens. C'était comme s'ils avaient suivi le même entraînement de boxe. La bataille dure cinq minutes, mais c'est suffisant pour que les deux soient dans un état lamentable.
Je reste là, immobile, choquée par tout ce qui vient de se passer.
Il s'arrête sans même que quelqu'un ne les sépare. Euuuh il se passe quoi?
𝐃𝐋𝐏 𝐃𝐄 𝐆𝐀𝐃𝐈𝐑𝐈
Non mais c'est quoi ce bât**disme ? Même sans que je ne lui adresse la parole, il se permet de tremper son biscuit dedans ? Sérieusement ? Si ça avait duré cinq minutes de plus, on aurait tous les deux fini à l'hosto, et pas dans un état glorieux.
Mais attendez, comment c'est possible qu'il soit aussi bon que moi ? Moi, Abdoul Gadiri Baldé, le roi des bagarres, celui qui casse les gu**les sans forcer? Non mais… il débarque de nulle part et il m'égale ? Non, non non… y a un truc qui cloche chez ce type.
On était à fond, l'un sur l'autre, à échanger des coups comme si notre vie en dépendait. Mais soudain, entre deux esquives, j'ai remarqué quelque chose. Non... c'est pas possible. Comment... comment est-ce que... il... ?
J'étais encore en train d'analyser la situation quand il m'a pris par surprise, me collant un dernier coup qui m'a fait tituber. Il s'est approché, m'a agrippé par le col et m'a murmuré à l'oreille :
Lui : "T'as intérêt à fermer ton clapet. Sinon, crois-moi, je m'occuperai personnellement de te couper ce qu'il te reste à perdre."
Il m'a lancé un sourire glacial. Je l'ai regardé. Et, pour une raison que je ne m'explique pas, j'ai souri aussi.
𝐃𝐋𝐏 𝐃𝐄 𝐌𝐀𝐑𝐈𝐀𝐌𝐄
Euuuh... ils sont fous, moi je dis. Sérieusement, d'abord ils se battent comme des att**dés mentaux, et puis une minute après, ils se sourient ? Wallah, vous les hommes, je ne vous comprendrai jamais. Bref, je vais les rejoindre.
Moi : J'espère juste que je ne vais pas encore me salir.
Gadir : Désolé, Mariame, ce n'était pas volontaire. Prends bien soin de ta femme, la prunelle de tes yeux. (Ironisa-t-il avant de tourner les talons.)
Moi : Alors comme ça, on se bat, on se sourit, et... ah, au fait, depuis quand je suis ta femme ?! 😂
Hamid : Oublie ça. C'était qui, lui ?
Moi : Mon frère.
Hamid : Je ne te crois pas. Dis-moi qui c'est, vraiment.
Moi : D'accord, c'est le grand frère de Fatima. Il m'avait demandé en mariage, et je pense que c'est à cause de ça que Mazid est parti.
Hamid : Hmm... j'avais raté cet ép*sode, moi.
Moi : Oublie ça, on rentre. Tu as besoin de pansements. Sérieux, regarde ton visage... beurk, t'es vraiment vilain comme ça.
Il ne répond rien, bouge d'un coup, et va chercher sa moto. Voyant qu'il prend le chemin de chez moi, je le stoppe.
Moi : Non, attends. On passe d'abord chez toi. T'as besoin d'aide. Quelqu'un doit te doit prendre soin de toi , et ce quelqu'un, c'est moi.
Il s'arrête net et me lance un regard... oh mon Dieu, pas ça. Me dites pas qu'il imagine autre chose !
Hamid : Vraiment ? T'as raison. Tu sais pas à quel point j'ai besoin de ça... Et si cette personne, c'est toi, ça ne peut qu'être parfait.
Moi : Ooooh, non ! Ce n'est pas du tout ce que tu crois.
Hamid : Pourquoi tu rougis alors ? Hein ? Héy, je te fais autant d'effet ? T'inquiète, ça viendra très bientôt. Mais ne sois pas plus pressée que moi.
Moi : C'est bon, je retire ce que j'ai dit. Espèce de pervers, va.
Il me lance un clin d'œil avec son sourire agaçant, avant de reprendre la route. Il finit par me déposer chez moi et continue son chemin.
Arrivée à la maison, je passe par la porte de derrière pour éviter ma tante au salon. Parce que, soyons clairs, le salon est le rival officiel de mon oncle.
Maria : Wowowoo, c'est quoi ce bazar ? Qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Moi : Gadir...
Maria : Quoi ? Il t'a frappée ? Comment il a osé ? Et c'est lui que ta tante veut que tu épouses ? Jamais de la vie, je dis bien jamais !
Moi : Hey, mami, calme-toi ! Non, il ne m'a pas frappée. Il s'est battu avec Hamid. J'essayais juste de les séparer, et c'est là que je suis tombée dans la boue.
Maria : Mort de rire ! À croire que, avec ta taille de guêpe, tu pouvais vraiment les séparer. Va prendre une do**he, tu pues !
Je m'arrête juste en face d'elle.
Maria : Tu vas me faire vomir ! (tenant son nez)
Moi : Je reste là jusqu'à ce que tu dises que tu m'aimes et que je sens bon.
Maria : Dégage ! Tu pues ! Et n'oublie pas d'utiliser de l'eau de Javel pour te laver.
Moi : Hmm... je te déteste.
Maria : Et moi je t'aime, mon amour, ma petite princesse. Change-toi vite et viens, j’ai fait un super dîner. Tu vas adorer.
Je lui réponds que je n'ai pas envie, puis je file à la do**he. Finalement, je reviens manger, même sans faim. En vrai, je ne peux pas résister à ses plats. Sa cuisine, c'est une tuerie.
Après le dîner, je vais me coucher. Il doit être 21 h, quand mon téléphone commence à vibrer sur le tiroir. Je décroche.
Moi : Allô ?
..? : Tu dors déjà ?
Moi : Hmm... c'est qui ?
..? : Sors et viens me voir. Je suis derrière votre cour. Et fais-toi belle, surtout.
Moi : Pourquoi ?
..? : Dépêche-toi, je t'attends.
Je regarde l'écran : c'est Gadiri. Je me lève, nettoie mon visage et m'habille vite fait. Avant de partir, j'informe Mariama pour qu'elle couvre mes arrières. Oui je fais le mur jusqu’à ce que je me fasse un jour attraper par votre tante.
Une fois dehors, Gadiri est là, dans sa voiture.
Moi : Alors, qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi cette sortie nocturne ? Où est-ce qu'on va ?
Gadir : Attends, tu verras.
On roule environ 1 heures avant de s'arrêter près de la route nationale, devant un endroit qui ressemble à un restaurant, mais tout est noir à l'intérieur.
Moi : Qu'est-ce qu'on fait ici ?
Gadir : Suis-moi, je vais te montrer.
Moi : Non, toi, vas-y d'abord.
Gadir : Mais je suis avec toi. Il n'y a rien de mal.
Moi : Rien ne me garantit que tu ne comptes pas me vendre. Fais-moi plaisir, entre en premier, et j'emboîterai tes pas.
Gadir : D'accord, j'y vais alors.
Il entre, et je le suis à contrecœur dans l'obscurité.
Moi : (chuchotant) Qu'est-ce qu'on fait dans un endroit aussi sombre ?
Il ne répond pas.
Quelques instants plus t**d, une lumière s'allume. Puis une deuxième, une troisième. C'est seulement là que j'aperçois quelqu'un sortir de l'ombre.
𝐅𝐈𝐍 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄
Une personne dans l’ombre ? Qui sa peut bien être ?
Je vous dis avec cette histoire vous n’êtes pas encore au bout de vos surprise.
20/01/2025
𝐂𝐡𝐚𝐩𝐢𝐭𝐫𝐞 𝟑𝟏
Après quelques coups acharnés, je me fait sauver par le prof de philosophie qui entre. Ils me laissent enfin et les cours débutent.
𝐃𝐋𝐏 𝐃𝐄 𝐌𝐀𝐑𝐈𝐀𝐌𝐄
Après le départ de Youssouf, je décide de regagner ma chambre. Je n'ai pas vraiment faim et une fatigue pesante m'envahit. M'allonger un moment ne pourra que me faire du bien.
En traversant le salon, je croise ma tante.
Tante Djei : Qu'est-ce que tu fais encore à la maison à cette heure-ci ?
Moi : Je ne me sens pas bien.
Tante Djei : Ah bon ? Ne me dis pas que tu es enceinte ?
Moi : Pourquoi une telle question ?
Je ne comprends pas comment elle peut penser à ça. Moi, enceinte ? C'est absurde. Franchement, elle exagère...
Tante Djei : Je te pose une question et tu me réponds par une autre ?
Moi : Parce que votre question n'a aucun sens.
Tante Djei : Ah oui ? Viens, que je t'en pose une vraie.
Je la suis jusqu'au jardin, mais je prends soin de m'installer loin d'elle.
Tante Djei : Alors, vous avez décidé de quoi pour le mariage ?
Moi : Quel mariage ?
Tante Djei : Le mariage, voyons ! Ne me dis pas que tu ne comprends pas.
Moi : De quel mariage parlez-vous Qui doit se marier ?
Tante Djei : Ne joue pas à l'innocente. Ça se voit que tu rêves d'épouser Gadiri.
Avant que je ne puisse réagir, Hamid arrive pour nous saluer. Les travaux dans la maison se poursuivent.
Hamid : Bonjour, madame. Bonjour Mariame.
Nous : Bonjour, tu vas bien ?
Hamid : Oui, et vous ?
Nous : Alhamdoulilah.
Hamid : Mariame, tu n'as pas l'air en forme aujourd'hui.
Oh non... Ça se voit tant que ça ?
Moi : Ce n'est rien, je me sens juste un peu fatigué , mais ça va mieux.
Hamid : D'accord. Je vous laisse. Bon rétablissement.
Moi : Merci.
À peine Hamid s'éloigne que ma tante reprend.
Tante Djei : On en était où déjà ?
Moi : Nulle part.
Tante Djei : Ah, c’est à moi que tu répond comme ça ? Attends, je vais appeler ton père pour qu'il entende ça !
Elle compose son numéro. Je soupire, fatiguée. Quelques sonneries plus t**d, la voix de mon père résonne à l'autre bout du fil. Il me manque tellement...
Tante Djei : Allô, grand frère ?…. Tu vas bien ? …. Écoute, je n'en peux plus de ta fille! ….. Elle est devenue ingérable….. Elle me répond sans cesse. Je suis épuisée. Viens la récupérer, je n'en peux plus.
Papa : Passe-la-moi.
Très bien. Si elle veut envenimer les choses, je suis prête. Je saisis le téléphone.
Moi : Allô, papa...
Papa : Non, tais-toi. Écoute-moi bien. As-tu oublié qui elle est ? C'est cette femme, que tu ne respectes plus, qui a veillé sur toi depuis ta naissance. C'est elle qui a contribué à faire de toi la personne que tu es aujourd’hui. Ne sous-estime pas la colère d'une tante paternelle. J'espère que tu n'auras jamais à en découvrir les conséquences. Si tu continues ainsi, je prendrai l'avion et je viendrai pour te remettre à ta place.
Moi : Mais papa, je te jure que je n’ai rien fait de mal. Depuis que tu es parti et que tu m'as laissée seule avec elle... depuis ce jour, je supporte tout en silence. Mais la je n’en peux plus. J’ai trop enduré.
Elle me dévisage, surprise par mes paroles. Mais aujourd'hui, j'ai décidé de parler. Il est temps que la vérité éclate.
Moi : Tu crois que je vis comme une princesse ici ? Tu penses que tout est facile pour moi ? Non, papa ! Depuis ton départ, ma vie est devenue un cauchemar. Elle me traite sans considération... comme si je n'étais rien. J'ai été à son service pendant des années et...
Ma phrase s'interrompt brutalement. Une douleur vive me traverse la joue. Elle vient de me gifler. La connaissant , je savais que ça allait finir ainsi. Mes larmes montent sans que je puisse les retenir. Je lui avais pourtant dit que j'étais malade, mais comme tout ce qui me concerne lui est égale, elle ne s’arrête jamais. Mon cœur se serre. Pourquoi m'inflige-t-elle tout cela ? Qu’ai-je bien pu lui faire pour recevoir autant de méchanceté , autant de haine de sa part. Une n-ième fois que je pose encore la même question.
Elle reprend le téléphone, changeant soudain de ton pour pleurnicher auprès de mon père.
Je n'écoute plus. Je me lève et retourne dans ma chambre. Là, je laisse mes larmes couler librement. On dirait que ma vie ne se résume qu'à ça : des blessures, des silences, des larmes. Hier, c'était Mazid qui s'éloignait, et aujourd'hui, c'est ma tante qui recommence avec son caractère d’être humain sans cœur.
Quelques temps après que je sois montée, quelqu'un toque à la porte.
Je me lève et ouvre. Je trouve Hamid au pied de la porte.
Hamid : Je peux entrer ?
Moi : Qu'est-ce... Qu'est-ce que tu veux ?
Hamid : Laisse-moi entrer d'abord. Je veux te parler.
Moi : Je n'ai vraiment pas envie. Je veux être seule.
Hamid : Accorde-moi juste quelques minutes, je ne serai pas long.
J’hésite un moment avant de m'écarte et le laisse entrer. Je m'assois sur le lit et lui s'adosse au mur juste en face de moi.
Hamid : Qu'est-ce qui ne va pas ?
Moi : Tout va bien. Alors de quoi veux-tu me parler ?
Hamid: pas avec moi s’il te plaît. J’ai vue ta tante te gifler tout à l’heure. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Moi : Rien
Hamid: Mariame s’il te plaît.
Moi: je ne veux pas discuter de ça avec toi .
Hamid: tu peux me faire confiance tu sais ?
Moi: Qu'est-ce qui me garantit que je peux te faire confiance ?
Hamid : Rien. Absolument rien. Mais je sais juste que tu as besoin de te confier, de te libérer un peu, et je suis sûr que cela te fera du bien.
Moi : Merci de te soucier, mais je ne me confie qu'à deux personnes. Ma copine et Mariama.
Hamid : Tu pourrais faire une exception juste pour cette fois-ci ?
Je le regarde et je trouve qu'il n'a pas tort. Avoir une troisième oreille me ferait du bien. Je l'invite donc à s'asseoir près de moi.
Moi: Pour etre honnête tout va mal dans ma vie et la seule chose que je veux, c'est mourir.
Hamid : Wow, calme-toi et dis-moi ce qui ne va pas.
j'ai vu comment elle a agi et ce n'est pas bien du tout. Elle risque de gâcher ta belle peau.
Moi : Hummm. Au fil du temps, on s'y habitue. J'ai vécu ainsi toute ma vie avec elle. C'est la phase la moins sombre de l'histoire que tu vois là. Avec l'arrivée de mon oncle, tout s'est amélioré. Sinon avant, je travaillais comme un âne. Je ne mangeais que peu. Elle usait de son pouvoir et me maltraitait comme une bête sauvage. Elle préférait verser le repas ou le donner aux chiens plutôt que de m'en donner. Avec cette famine, elle me battait. Je m'habillais comme une sans-mère. Et oui, c'est vrai ! J'oubliais que je n'avais plus de mère.
Et là, je craque. De chaudes larmes coulent le long de mon visage.
Hamid : Calme-toi Mariame. Je suis vraiment désolé.
Moi: Je me demande parfois... Si ma mère était encore là, comment serait ma vie aujourd'hui ?
Hamid : Calme-toi, Mariame. Je suis désolé, vraiment.
Moi : Ma mère est morte tu sais ?. Elle est partie loin... très loin et elle m'a abandonnée, seule, face à... au monde entier.
Quand je suis avec les autres, je fais semblant de sourire. Je me force. Mais au fond... au fond, je me brise.
Je ris devant eux alors qu'en réalité, je suffoque.
Les gens ne voient que ce que je veux bien leur montrer : ma façade lumineuse. Mais l'obscurité... personne ne la voit. Personne! Et c’est parfois épuisant. Cette douleur au fond du cœur me consume à chaque fois.
Hamid : Arrête de ressasser tout ça. Un jour, Inshallah, tout changera. Tu verras.
Moi : Je l'ai cru, tu sais. Pendant un court instant, j'ai vraiment cru que tout allait changer.
Parce qu'une personne... si spéciale... était entrée dans ma vie.
Mais elle est repartie aussi vite qu’elle est venu.
J'ai eu un coup de foudre pour lui, le jour où je l'ai vu pour la première fois.
Par amour pour lui j’ai changé : mon apparence, ma façon de penser, de m'habiller... tout.
Mais cela était égal à la personne .
Cette personne est parti, comme ma mère. Parce qu'au fond, ils s'en fichent de savoir si je vais bien ou pas.
Si je souffre aujourd'hui, c'est à cause de lui.
J'ai pleuré toute la nuit parce qu'il voulait partir. Et au final, je suis tombée malade.
Mais ça ne lui a rien fait. Il était déjà loin.
Oui, je souffre. Parce que je l'aime.
Je l'aime, Hamid.
J'aime Mazid de tout mon cœur.
Il était ma lueur d'espoir.
Mais il a disparu. Comme une étoile filante.Et je n'ai même pas eu le temps de faire un vœu. Je me voyais déjà mariée avec lui. Vivre à ses côtés. J'étais prête à tout pour qu'on soit ensemble.
Mais... hélas, rien de tout ça n'arrivera. Plus jamais.
Hamid : Ça suffit, Mariame. Assez. (Il me serre dans ses bras.)
Je sens quelque chose tomber sur mon front. Une goutte.
Je lève les yeux.
Moi : Hamid... tu...
Hamid : Ton histoire est tellement bouleversante que... je me sens coupable. Comme si j'étais responsable de toutes tes souffrances.
Je suis désolé, Mariame. Pour tout ce qu'ils t'ont fait subir.
Ils ne savent pas ce qu'ils perdent.
Surtout lui. Celui que tu aimes. Celui qui t'a abandonnée.Il regrettera.
Mais toi, tu dois avancer. Oublie tout ça. Bats-toi. Concentre-toi sur tes études. Laisse le temps faire le reste.
Moi : Merci... Merci de m'avoir écoutée. Tu as raison. Je me sens... un peu mieux.
Hamid : C'était le but. Et arrête de pleurer maintenant.
Moi : Et toi aussi ! (Un petit sourire.)
Hamid : Tu es belle quand tu souris.
Moi : Ah bon ? Merci...
Hamid : Attends, je vais te raconter quelque chose.
Moi : Hmm... Vas-y.
Hamid : Alors, c'est l'histoire de trois gars qui partent en voyage.
En chemin, ils ont un accident.
Les secours arrivent et leur posent la même question à chacun :
"Est-ce que ça va ?"
Le premier répond :
"Oui ! Mais... j'ai perdu un de mes pieds."
Hamid : Tu sais ce qui s'est passé ?
Moi : Non ?
Hamid : Il avait ses deux pieds l'un sur l'autre. Sous le choc, il ne voyait qu'un seul !
Moi : Non, tu plaisantes ! Comment on peut être aussi bête ?!
Hamid : Attends, écoute la suite.
Le deuxième, on lui demande pareil, il répond :
"Non. Moi, c'est juste ma tête que je ne retrouve pas."
Alors qu'il tenait sa tête entre ses mains !
Moi : Arrête ! 😂
Hamid : Et le troisième, tu veux savoir ?
On lui pose la même question.
Il répond :
"Moi ? Rien de grave. Juste que mes pieds se sont inversés."
Alors qu'en réalité, il avait juste mis ses chaussures du mauvais côté. La gauche à droite, la droite à gauche !
Moi : 😂 Wallah, stop ! J'en peux plus ! Arrête !
Hamid : D'accord, j'arrête. Je dois retourner bo**er. Ton oncle me paie pour te faire rire ou pour réparer votre maison ?
Moi : Les deux ! 😁
Hamid : Bon, j'ai fini mon premier boulot dans ce cas. Je vais m'attaquer au second.
Moi : Merci beaucoup.
Hamid : De rien. Tu devrais sourire plus souvent, tu es vraiment belle avec Miss Bah.
Moi : D'accord, j'y penserai.
Hamid sort de ma chambre en refermant doucement la porte. Je m'allonge sur mon lit, fermant les yeux pour tenter de trouver le sommeil.
𝐃𝐋𝐏 𝐃’𝐀𝐌𝐈𝐍𝐀
Je suis dans la cuisine avec tante Halima. Je l'aide à préparer le déjeuner.
Tante Halima : Mazid me manque déjà...
Moi : Il manque à tout le monde ici. J'espère qu'il reviendra bientôt.
Tante Halima : Et quand il reviendra, vous allez vous marier, non ?
Moi : Je... je ne sais pas. Si Dieu le veut, peut-être qu'un jour...
Tante Halima : Hmm... Mais tu l'aimes, pas vrai ?
Moi : Tante Halima !
Tante Halima : Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit de mal ?
Moi : Mazid aime quelqu'un d'autre...
Tante Halima : Quoi ?! Tu veux dire que ce n'est pas toi, cette fille ?
Moi : Non.
Tante Halima : Mais alors... qui c'est ?
Moi : J'en sais rien.
Soudain, mon téléphone vibre. Un appel. Je regarde l'écran, hésitante.
Sans un mot, je quitte la cuisine et monte dans ma chambre. Je tourne la clé dans la serrure et décroche.
.. ? : Tu en as mis du temps pour répondre.
Moi : Désolée, je n'étais pas seule.
.. ? : Tant p*s. Alors, où il est ?
Moi : Il est déjà parti.
.. ? : Quoi ?! Parti ?! Si tu savais que tu ne pouvais pas gérer ça, pourquoi tu t'es lancée ?! Amina, écoute-moi bien. J'ai tenu ma part du marché. Toi, tu devais faire la tienne. Mais non, tu l'as laissé filer entre tes doigts !
Moi : Je crois qu'on devrait arrêter tout ça.
.. ? : Ça ne sert plus à rien maintenant. Mais pourquoi t'as pas réussi alors qu'on était si près du but ?!
Moi : Tu sais, parfois je me dis que c'est toi qui as tout gâché. T'aurais dû trouver une meilleure idée que celle que tu m'as imposée.
.. ? : Ah ouais ? Et toi, t'avais une meilleure solution peut-être ?
Moi : Écoute, ça ne sert à rien de se disputer. Ce qui est fait est fait. On a fait ce qu'on a pu.
Un silence pesant s'installe. Mon cœur bat plus fort.
.. ? : On verra bien.
L'appel se termine. Je reste là, le téléphone toujours collé à mon oreille, le souffle court.
𝐅𝐈𝐍 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄
Amina. Amina. Amina. Je l’ai appelé combien de fois? Je dis plus rien
18/01/2025
𝐂𝐡𝐚𝐩𝐢𝐭𝐫𝐞 𝟑𝟎
Je raccroche précipitamment, le cœur battant, et me dirige vers la salle de bain. La tension me serre la poitrine. Je n'ai pas le choix. Il faut que je fasse quelque chose, et vite. Mazid ne doit pas partir
𝐃𝐋𝐏 𝐃𝐄 𝐌𝐀𝐙𝐈𝐃
À peine arrivé à la maison, je monte directement dans ma chambre pour préparer mes valises. Mais est-ce vraiment la bonne décision ? Dois-je partir? Ou devrais-je rester pour me battre pour cet amour ? Pourquoi mettre fin à quelque chose qui n'a même pas encore commencé ? Je me demande si je ne fais pas trop de mal à cette pauvre fille.
Mais non tu fais rien de telle. Plus tu t'éloignera d'elle mieux elle vivra avec lui.
J'étais à fond dans mes pensées lorsque Amina toque à la porte et entre.
Ami: Ça va beau gausse ?
Moi: Oui.
Elle marque une pause et vient m'aider à mettre mes affaires.
Ami: Tu penses pas que...
Moi: Non je ne reviendrais pas la dessus. Ma décision est déjà prise. En plus j'ai déjà mon billet d'avion.
Ami: Je suis venu il n'y pas longtemps rien que pour passer du temps avec toi et toi ,tu pars en me laissant toute seule.
Moi: Le devoir m'appelle.
Ami : Quel devoir? Tu n'as pas de famille là-bas pour autant que je sache. Sauf si tu veux fuir quelque chose ou quelqu'un.
Moi: S'il te plait. Je n'ai de dette en vers personne donc je n'ai pas à fuir
Ami: Tes parents sont tristes à l'idée de te voir repartir . Ton frère et moi le sommes également . S'il te plaît Mazidouchou ne part pas☹️.
Youssouf : Mazid, reste encore un peu. On est bien là, non ?
Il s'appuyait nonchalamment contre l'encadrement de la porte, un sourire accroché aux lèvres.
Moi : Non, je ne suis pas bien ici. J'étouffe. Il faut que je change de vie.
Un silence lourd s'installa, mais il fut vite brisé.
Youssouf : Je le savais... lâcha-t-il avec un rire . Je savais que tu n'étais pas vraiment le fils de ma mère. Sinon tu ne l’aurais pas abandonné aussitôt. Mais écoute, fais ce que tu veux, du moment que tu me laisses ta voiture. Si tu veux, décolle même pour Mars, ça ne me dérange pas.
Moi : T'es qu'un profiteur. Tu ne penses qu'à toi. Je ne veux pas que père me fasse la peau avant l'heure. Mais je vais quand même te laisser la voiture. Juste pour que tu puisses aller à l'école sans risquer de t'écraser avec la moto. Passe chercher Mariame en chemin. Et ne sois pas en ret**d. C'est une fille bien... et je l'admire.
Ses yeux se plissèrent d'étonnement.
Youssouf : Depuis quand tu t'intéresses à elle ? Qu'est-ce qui t'arrive, hein ? Ce serait pas l'effet de la mousse thiéthié ?
Moi : Dégage d'ici avant que je ne te montre ce que je respire.
Il esquissa un sourire malicieux et s'approcha, me prenant dans ses bras.
Youssouf à voix basse : Ne me dis pas que t'es amoureux d'elle, frère... Cela dit, elle est magnifique.
Sans réfléchir, je lui assène un coup au ventre. Il recule, riant malgré la douleur.
Youssouf : Aïe, Mazid ! T'es complètement fou ! T'es vraiment esclave de tes émotions.
Moi : Peut-être. Mais ça t'apprendra à ne pas fourrer ton nez où il ne faut pas.
Youssouf : Wallahi, tu vas me le payer !
Moi : Toujours la grande gu**le. Tu fatigues.
Il se jette sur moi, mais je le maîtrise sans effort. Je connais ses faiblesses. Je le plaque sur le lit et commence à le chatouiller sans pitié.
Youssouf haletant de rire : Mazid ! Arrête, je t'en supplie ! Je vais... je vais p*sser sur ton lit !
Moi : Vas-y, lâche-toi. On dira que c'était pas voulu.
Je redouble d'ardeur.
Youssouf : étouffé de rire Mazid, pitié ! Grand frère Mazid, je ne recommencerai plus !
Moi : Non, si tu veux appelle-moi Bappa Mazid (oncle Mazid) maintenant. Je t'avais prévenu, mais t'es têtu.
Youssouf à bout de souffle : Au secours ! Maman ! Mazid veut me... vi*ler !
Moi : Tu continues à dire des conneries ? C'est parce que tu respires encore.
Youssouf : S'il te plaît... j'en peux plus...
Ami (devant l’armoire pliant mes habits) : Vous allez arrêter , oui ?
Je relâche enfin Youssouf, qui se recroqueville en gémissant.
Moi : Pas besoin de me remercier, il fallait bien que quelqu'un t'apprenne à rester à ta place.
Youssouf : Mazid... j'ai mal au ventre...
Moi : Ça t'apprendra.
Il se relève lentement, frottant son estomac.
Youssouf : Dégage. Je veux plus te voir. Ne remets plus les pieds ici. Et sois sûr d'une chose : je ne vais pas m'ennuyer sans toi.
Je le fixe un instant, un sourire en coin.
Moi : Tu parles encore trop. On règle ça maintenant ou... ?
Il court pour se réfugier dans le couloir. Mais quelques secondes plus t**d, il revient, plus calme, presque tendre.
Youssouf : Je t'aime, frère. Prends soin de toi. T'es mon étoile, mon soleil. Mais surtout... oublie pas de me laisser ta voiture.
Moi : Ouais, c'est ça. Quelle poésie. Allez, file. J'ai besoin de réfléchir à qui tu es vraiment. D'ailleurs, j'suis sûr que maman t'a ramassé dans la cour de la voisine.
Youssouf rire étouffé : Peut-être bien... Mais je t'aime quand même, Mazid.
Et il repart, un éclat de rire résonnant encore dans la maison. Il m'exaspère parfois, mais je donnerais n'importe quoi pour l'avoir toujours à mes côtés, avec ses petites phrases agaçantes. Parce qu'au fond, il est mon frère, et je l'aime, même si ce n'est pas toujours facile à dire.
Je rejoins Amina , m'aidant à plier mes vêtements et à les ranger dans ma valise.
Amina : Maz, s'il te plaît, réfléchis encore. Il est encore temps de changer d'avis.
Moi : Viens ici.
Je lui ouvre les bras, et elle hésite un instant avant de s'y blottir.
Amina : Dis donc, la dernière fois que tu m'as pris dans tes bras, ça remonte à quand ?
Moi : Tais-toi et profite. Ce n'est pas tous les jours que je fais ça.
Amina : Hmm...
Moi : Tu sais, Amina, je t'ai toujours considérée comme une sœur. La sœur que Youssouf et moi n'avons jamais eue. Et maintenant, maman pense que c'est toi, cette fille dont je lui ai vaguement parlé. Celle dont elle croit que je suis amoureux.
Amina (en riant doucement) : Oh, je m'en doutais un peu. Tante Halima voudrait me voir comme belle-fille ? Ce serait drôle. Mais, dis-moi... est-ce vrai ? Tu es amoureux de quelqu'un ? Tu peux me le confier, non ?
Moi : Non, il n'y a personne. C'est juste maman qui s'est mis ça en tête depuis notre dernière conversation. Celle où tu étais là.
Amina : Ah, je comprends... Alors, va vite, et reviens m'épouser.
Moi : Depuis quand les rôles ont changé ? C'est aux femmes de demander en mariage, maintenant ? J'espère que la prédiction de maman ne deviendra pas réalité.
Nous éclatons de rire, puis Amina retourne dans sa chambre. Je prends un bain rapide, puis je m'allonge, mes pensées déjà tournées vers ce qui m'attend.
𝐋𝐞 𝐥𝐞𝐧𝐝𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧
Le réveil sonne. Il est l'heure de partir.
Je me lève, fais ma toilette et m'occupe des petits détails habituels. En descendant, je trouve ma mère en train de disposer le petit déjeuner sur la table. Je m'assieds près d'elle, un nœud dans la gorge.
Maman : Es-tu sûr de vouloir partir ?
Moi : Tes plats vont me manquer, maman... et toi encore plus. Tout ici va me manquer.
Maman : Alors, reste.
Moi : Je ne peux pas, maman. Il faut que je parte. Depuis que je suis là, je ne fais que manger et dormir. Je ne me suis même pas trouvé un vrai travail, à part quelques petites affaires ici et là. Je ne travaille pas dans le domaine que j'ai étudié, alors qu'en France, je bossais jour et nuit.
Maman : Tu sais bien que tu n'as pas besoin de travailler. Ton père a suffisamment d'argent pour toi et ton frère, et même pour vos enfants si vous gérez bien. C'est pour cela qu'il vous a envoyés à l'école.
Moi : Non, maman. Papa a bâti son empire à la sueur de son front. Ce n'est pas à nous de nous reposer sur ses efforts. Nous devons prouver que nous aussi, nous en sommes capables.
Youssouf et les autres nous rejoignent. Nous déjeunons dans une ambiance chaleureuse, rieuse. Ces instants partagés restent gravés dans ma mémoire alors que je me rends à la gare pour prendre un transport commun.
𝐃𝐋𝐏 𝐝𝐞 𝐌𝐚𝐫𝐢𝐚𝐦𝐞
Je me réveille doucement. Un mal de tête atroce me fait grimacer. Mon corps tout entier me fait mal , et mes yeux me brûlent.
Quelque chose d'humide repose sur mon front : un torchon, légèrement imbibé. Je tente de me lever, mais la faiblesse me cloue au lit. C'est alors que Mariama entre dans la pièce.
Mariama : Ah, je vois que tu es réveillée !
Moi : Hmm... Je suis trop faible. Je ne pense pas pouvoir aller à l'école aujourd'hui.
Mariama : Je t'avais prévenue, mais tu n'as rien voulu écouter. Maintenant, tu subiras seule les conséquences. Tiens, j'ai apporté des médicaments et de quoi vérifier ta température. T'avais de la fièvre cette nuit. Je me suis occupée de toi jusqu'à l'aube.
Moi : Je suis désolée de t'avoir empêchée de dormir... Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. Merci infiniment.
Mariama : Pas de quoi. Mais à une condition : que tu acceptes de prendre tes médicaments et de manger un peu.
Moi : Beurk... Les médocs, ça pue, et je n'ai pas d'appétit. Juste aide-moi à aller dans la salle de bain, s'il te plaît.
Mariama : Pas question. Si tu ne manges pas, je ne te pardonnerai jamais de m'avoir volé mon sommeil. Allez, viens, je vais t'aider.
Elle me soutient jusqu'à la salle de bain, où je prends un bain froid. C'est étrange, mais l'eau froide m'apaise toujours, allège mon corps. Après m'être changée et avoir fait ma prière, je sors au jardin. L'école, aujourd'hui, c'est hors de question. Mon esprit est ailleurs. Si j'avais su qu'aimer pouvait faire autant souffrir, je m'en serais abstenue.
Mariama me rejoint avec un plateau chargé de nourriture.
Moi : Oh non, pas tout ça, je t'en supplie.
Mariama : On dirait bien que tu n'as pas le choix. Je t'ai laissé souffrir assez longtemps à cause de ce garçon. Maintenant, c'est fini. Tant mieux qu'il soit parti, parce que, entre vous deux, c'est mort.
Moi : Qui sait ? Peut-être qu'il a changé d'avis, qu'il a décidé de rester, qu'il veut vivre avec moi...
Mariama : Continue de rêver, petite. Mais laisse-moi te ramener à la réalité : il est déjà loin. Maintenant, ouvre la bouche.
Moi : Grand-mère Mariama, s'il te plaît... Je n'ai vraiment pas faim, j'ai même la nausée. Si je mange, je vais vomir, et après, je serai encore plus malade. S'il te plaît, ne me force pas.
Mariama : Pas de ça avec moi. T'es toute faible, tu dois manger pour reprendre des forces. Allez, ouvre la bouche.
Au même moment, Youssouf entre dans la cour, visiblement à la recherche de quelqu'un. Lorsqu'il m'aperçoit, il s'approche.
Youssouf : Eh mais c'est quoi cette tête de morte vivante ?
Moi : Et toi, on t'a jamais appris la politesse ?
Youssouf : Désolé... Bonjour. Mais sérieusement, c'est quoi ces yeux de vampire ?
Moi (avec un sourire) : Graaaaah, je vais t'avaler !
Youssouf : Oh non, pitié, ne s**e pas mon sang. Je suis encore puceau, laisse-moi au moins me reproduire avant !
Mariama : Vous êtes impossibles. Je vous laisse, mais ne crois pas m'avoir semée, petite. Je reviens tout de suite.
Moi : Oui, grand-mère, je t'aime aussi.
Youssouf : Bon, qu'est-ce que tu as, au juste ?
Moi : Je suis un peu souffrante. Je ne pourrai pas aller à l'école aujourd'hui.
Youssouf : Ça se voit. Prends soin de toi, chérie. Je passerai te voir après les cours.
Moi : Merci beaucoup, chéri.
Il tourne les talons, mais avant qu'il parte, je l'interpelle.
Moi : Youssouf ?
Youssouf : Oui, princesse ? Tu veux téter ?
Moi : Ce n'est pas drôle. Il est parti ?
Youssouf : Qui ça ? Ah, Mazid ? Non, il t'attend derrière la cour.
Moi : Quoi ?
Youssouf : Nan, je plaisante. Je viens de le déposer à la gare. Il a pris un transport commun.
Moi : D'accord.
Youssouf : Aïe, au revoir, princesse.
Moi : Au revoir.
Mes larmes montent, irrésistibles. Pendant une fraction de seconde, mon cœur s'est mis à battre plus fort. J'ai cru à ses paroles, j'ai cru que Mazid était encore là, qu'il n'était pas parti... Une fraction de seconde d'un bonheur illusoire. Mais la réalité m'a vite rattrapée.
Mazid, tu es parti sans qu'on puisse écrire notre histoire. Mais ce n'est pas grave. Un jour, moi aussi, je tournerai la page, même si cela me semble impossible. Sache que tu as été mon premier amour, et ça, je ne l'oublierai pas de sitôt. Prends tout le temps qu'il te faut, je t'attendrai, le cœur à la main.
𝐃𝐋𝐏 𝐃𝐄 𝐘𝐎𝐔𝐒𝐒𝐎𝐔𝐅
Une fois en classe, il y avait la bande, c'est-à-dire Idrissa et Fatima, la f***e.
Je leur lance un bonjour sec, puis vais m'asseoir près d'eux en silence.
Fat : Euh... Tu t'es levé du mauvais pied on dirait.
Idri : Franchement, il a une tête de gars qui a vu un monstre au réveil.
J'ai envie d'éclater de rire, mais non, je dois rester sérieux si je veux réussir à garder mon rôle.
Fat : Euh, t'es devenu sourd ou quoi ? Au secours, Youssouf a perdu l'ouïe tout d'un coup !
Non mais elle n'est pas possible, celle-là. J'ai envie de lui répondre, mais je me retiens. Encore un peu de patience.
Idri : Bon, il ne veut pas parler, laissons-le. Au fait, elle est où, Mariame ? Ça fait un bout de temps que t'es là, mais pas elle.
Je reste impassible, les yeux fixés sur un point imaginaire. L'effet du vent me fait couler une larme.
Fat : You, tu vas répondre ?
Moi : C'est ce que j'essaie de vous faire comprendre depuis que je suis là, mais vous êtes tellement idiots que vos conneries dépassent vos vies.
Fat : Il se passe quoi ?
Je continue de fixer le vide, laissant les larmes glissent doucement à cause du vent.
Idri : Sérieux, bro ? Tu pleures ? C'est si grave que ça ?
Fat : Youssouf, dis-nous ce qu'il y a. Est-ce qu'il est arrivé quelque chose à Mariame ? Réponds, bon sang !
Moi : Oui, quelque chose de très grave. Je suis désolé (en serrant les dents et les poings). Mais... Mariame a... été renversée par un camion et projetée à des kilomètres.
Fat : Non, ce n'est pas vrai ! Où est-elle ? Comment va-t-elle ?
Moi : Cela a broyé ses pieds comme de la pâte. Ses yeux... sont devenus comme ceux d'un vampire. Et...
Idri/Fat : Et ?!?
Moi : Elle se transforme désormais en vampire. En fait, le camion était conduit par un extraterrestre, et Mariame était sa cible. Donc, si vous ne voulez pas devenir des buveurs de sang, évitez-la à tout prix. 😂😂
Fat : Non mais t'as pas osé jouer avec nous, là !
Idri : Pu**in, Youssouf, j'ai vu ma vie défiler sous mes yeux. Sérieux, tu fais c***r !
Moi : C'est vous qui faites c***r les gens dès le matin ! Vous n'avez eu que votre dose, bande de monstres.
Ils prennent leurs livres et me frappent comme si j'étais leur tambour de fête Tabaski. Je tente de me défendre, mais c'est peine perdue. Ils sont décidés à mettre f*n à ma vie.
Heureusement, le prof de philo entre et me sauve. Ils me laissent enfin tranquille, et le cours commence.
𝐅𝐈𝐍 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄
𝘗𝘦𝘳𝘴𝘰𝘯𝘯𝘦𝘭𝘭𝘦𝘮𝘦𝘯𝘵 𝘠𝘰𝘶𝘴𝘴𝘰𝘶𝘧 𝘫𝘦 𝘭'𝘢𝘪𝘮𝘦 𝘣𝘪𝘦𝘯 ! 𝘌𝘵 𝘷𝘰𝘶𝘴 𝘢𝘭𝘰𝘳𝘴 ?
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