Les chroniques de Pascal en Irak
Lors de ses voyages en Irak, retrouvez les aventures de Pascal.
19/06/2025
Mgr Paulos Thabet Habib Yousif Al Mako, archevêque chaldéen d’Alqosh est décédé ce jeudi 18 juin 2025, à l’âge de 49 ans.
Je tiens à lui rendre hommage.
Né le 14 février 1976 à Karamlesse, petite cité chaldéenne de la plaine de Ninive, il étudia d’abord à l’université de Mossoul, puis la patristique à Rome, qu’il enseigna ensuite au Babel College à Erbil-Ankawa au Kurdistan d’Irak.
Il fut ordonné prêtre à Karamlesse le 25 juillet 2008 pour l’archidiocèse chaldéen de Mossoul. L’Irak était alors en plein chaos, l’anarchie portait alors le nom d’Al-Qaïda et les chrétiens étaient terrorisés par des groupes criminels islamico-mafieux. Au cours de ces années terribles, le père Thabet servit à Karamlesse une communauté chaldéenne courageuse. En août 2014, lorsque les troupes de daesh envahirent la plaine de Ninive, le père Thabet accompagna sa communauté sur le chemin de l’exode vers Erbil-Ankawa. Dès avril 2017, lorsque le retour devint possible, le père Thabet contribua activement à la restauration et à la revitalisation de Karamlesse.
Ordonné évêque coadjuteur d’Alqosh le 22 octobre 2021 en l’église Saint Addaï de Karamlesse, Monseigneur Thabet devint titulaire du siège archiépiscopal d’Alqosh le 8 octobre 2022, succédant à Monseigneur Maqdassi.
Alqosh, située à 40 kms au nord de Mossoul, dont Monseigneur Thabet devint l’archevêque, est l’une des plus anciennes cités chrétiennes du nord de l’Irak, probablement évangélisée dès le 1er siècle. Cette cité encore exclusivement chrétienne, originellement assyrienne puis chaldéenne, rayonne dans tout l’Irak, du fait de la présence des grands monastères de Rabban Hormizd et de Notre-Dame des Moissons, ainsi que de la tombe du prophète Nahoum. Alqosh fut aussi une importante école de copistes, de calligraphes, de poètes, d’enlumineurs et d’écrivains.
Esseulés par le manque de perspectives, attirés par les communautés de la diaspora, les habitants d’Alqosh émigrent peu à peu depuis plus de 20 ans. Ils seraient moins de 5 000 aujourd’hui contre 15 000 avant daesh. Depuis son installation à Alqosh Monseigneur Thabet s’efforçait de soutenir la revitalisation économique et sociale de la cité, notamment en restaurant le souk historique et ses petits commerces.
Je l'avais rencontré tout récemment, le 8 avril 2025, en délégation avec Marie-ange Denoyel, responsable du Jumelage Lyon Mossoul, Rodophe Pasquier-Desvignes, directeur de la Fondation Saint-Irénée, Dorothée Eicholz, directrice de RCF Lyon, Laurent Constantin, président de ACTI, Yohanna Towaya, administrateur de منظمة حمورابي لحقوق الانسانHammurabi Human Rights Organization HHRO et Majeed Allo, membre de Mesopotamia Heritage truck مركبة التراث.
Monseigneur Thabet nous avait partagé en toute honnêteté la situation économique et sociale d’Alqosh. Nous le savions de santé fragile, mais il était tout entier dévoué à sa ville et à sa communauté.
Qu’il soit remercié et honoré pour tout ce qu’il a accompli.
09/11/2024
Je vous salue de Mossoul, en Irak.
Tout visiteur qui chercherait à Mossoul l’église chaldéenne Al-Tahira, doit savoir qu’il existe dans cette ville 6 églises ayant le même nom, mais appartenant à différentes confessions.
L’église chaldéenne Al-Tahira, se situe au nord du vieux Mossoul autrefois délimité par les remparts ottomans, tout près de la rive occidentale du Tigre, face à l’antique Ninive, à 400 kilomètres au nord de Bagdad.
L’église Al-Tahira des Chaldéens a été bâtie (ou renouvelée) en 1744, sur l’emplacement d’une ancienne chapelle mariale, ainsi que d’un ancien monastère, Mar Gabriel, qui fut du VIIe au XIIIe siècles le siège d’une grande école théologique et liturgique de l’Église de l’Orient.
Considérée comme un chef d’œuvre du XVIIIe siècle, elle a été vandalisée pendant l’occupation de daesh entre 2014-2017. Les bombardements intensifs de la coalition internationale pour la libération de la cité réduisirent en poussière certains des plus grands édifices historiques de Mossoul, parmi lesquels l’église Al-Tahira des Chaldéens, dont l’élévation réalisée à la fin du XXe siècle a été détruite.
L’église Al-Tahira des Chaldéens est organisée autour d’une cour intérieure, à ciel ouvert, véritable espace liturgique, autour de laquelle rayonnent les différentes parties de l’édifice. Au jour de la visite de Mesopotamia Heritage, de la Fondation Saint-Irénée et du Jumelage Lyon Mossoul, le 19 avril 2018, cette cour était encombrée de quantités de gravats, de munitions non explosées et de restes humains de daesh, consécutifs aux bombardements.
Dans l’église proprement dite un imposant mur de pierre finement sculpté -la porte royale- sépare le sanctuaire de la nef.
L’église chaldéenne Al-Tahira est riche de très nombreuses inscriptions épigraphiques syriaques qui sont autant de sources d’information historiques essentielles.
De très importants travaux de restauration y sont conduits actuellement, sous la direction de L'Œuvre d'Orient, en coordination avec les autorités irakiennes en charge du patrimoine (SBAH).
Ces travaux ont été précédés par des fouilles archéologiques préventives, qui ont non seulement révélé un certain nombre d’objets d’intérêt patrimonial, mais qui sont aussi en mesure de confirmer les transformations du site au cours de l’histoire.
Au terme de cette remarquable campagne de restauration, courant 2025, une monographie documentée permettrait sans doute de préciser cette échelle des temps.
Les quelques photos qui suivent ce récit témoignent une fois de plus de l’effroi d’après-guerre et de la joie profonde qu’inspire cette restauration.
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