Max G - auteur

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Une plume transperçante ! Une nouvelle plume sans filtre. »

11/11/2025

Le bruit des cintres qui tombent contre le plancher résonne jusque dans le salon. Des mots étouffés, des soupirs et des tiroirs qui claquent accompagnent cette lourde soirée.
Je regarde la télévision, dans le salon, à l’autre bout du corridor. Mon cœur bat à tout rompre. Je sens mes pulsations dans mon cou, ma vision semble se flouter sous chaque battement.
La pièce grise est inondée par la lumière du plafonnier. Le gris c’était la couleur qu’on avait choisie par erreur, une couleur que j’ai jamais aimée, mais toi tu l’aimais bien.
Limoncello, la perruche jaune dans sa cage au-dessus du meuble à alcool, à droite du meuble télé, ne semble pas se rendre compte de quoi que ce soit. Le miroir est plus attirant, je veux dire, son ami. On l’a pas bien aimée cette petite bête. On lui a donné un minimum d’amour, mais c’est pas mal tout ce que tout le monde reçoit sous ce toit; un minimum d’amour.
J’étais dans une drôle d’attente. Je me sentais bien, mais je sais que j’avais échappé le vase de ton cœur. Je sais pas comment tu vas gérer le recollage des pièces, mais je serais pu là, j’en serais pas témoin. Mon vase était déjà passé par là. Celui qui laisse a une longueur d’avance sur celui qui se fait laisser. J’avais déjà mis les morceaux dans un beau petit tas prêt à être recollé. La peine que j’avais n’était pas la mienne, c’était la tienne. Je pleurais pour ton vase, je pleurais parce que je devais faire face à mes actions, ma décision.
La valise roule sur les petites planches de bois franc du corridor, ça me sort de mes pensées. Ces pensées qui semblaient si vides et déjà si loin.
Je me lève d’un bond et me retourne. Tu continues ta route jusqu'à la porte. Je te laisse la place, sors du salon et de l’entrée adjacente pour aller m’asseoir sur le plancher du salon à la jonction du corridor. Mes jambes voulaient pas travailler.
Tu me regardes, tes yeux sont rouges et gonflés. Tu t’assois devant moi, sur le plancher. Ta valise est le no man’s land entre nous.
T’es certain que c’est ce que tu veux?
La question, je me la suis souvent posée avant de craquer.
Oui… je suis rendu là. Là c’est moi et pour moi, c’est ce qu’il faut.
Ton visage et ton corps se crispent sous la vague de frustration soudaine en réponse à mes mots. Mon assurance te dérange.
Pourquoi tu m’as fait ça? Je t’ai rien fait en particulier. C’est nous deux qui sommes pris là-dedans, pas juste toi. Moi aussi, je dois me retourner, recommencer ailleurs. Mais je peux répondre en disant qu’on est pu au même endroit. J’ai encore l’image de toi, au bout du corridor à Willwdale, quand j’ouvre la porte de mon appartement pour t’accueillir dans nos premiers mois de fréquentation.
Tu renifles fort, les yeux levés au ciel. Tu soupirs, tu fais non de la tête.
Pourquoi t’es encore accroché là-dessus? Parce que c’est la version de toi qui m’avait pas encore fait mal. La version de toi pré-bris de confiance, pré-écrasement. C’est le souvenir que je veux garder de ton visage. Le beau, la découverte, les papillons. J’ai pas envie, pas besoin de me souvenir du reste. On va le gérer comme des adultes, hein? Mais c’est pas un souvenir que j’ai besoin de garder… toi non plus. Moi j’ai besoin de toi! Je t’aime encore. Je peux pas te retourner ça, pu maintenant. Arrête avec ça! Le travail que j’ai fait! Le minimum trop peu trop t**d, c’est pas ce qu'il faut. On va pas s’accrocher à une mauvaise relation pour s’assurer de pas se causer de peine ou de dérangement. Je veux celui qui me sourit au bout du corridor, mais y’é pu là et il reviendra jamais. Arrête! Arrête avec ça!
Tu deviens plus agressif dans ton ton mais j’ai pas peur. Ton corps me montre que tu tiens pas, que tu peux pas me ramasser dans le mur et me briser les jambes. Je te laisse ventiler, lever le ton, la moindre des choses. Je t’écoute mais moi j’ai été brisé bien avant toi et je reviens d’acheter ma super glue. J’ai pas recollé les pièces, mais j’ai mon porte-poussière plein de mes morceaux et juste ça, ça me rassure et je me sens bien. Faut juste que je fasse la lourde tâche de te briser aussi parce qu’évidemment ton déni des derniers mois, des dernières années ne t’a pas préparé, tu l’as pas vu venir.
C'est juste toi que je veux. Parce que c’est juste ça que t’as présentement, mais je suis loin d’être la seule personne à aimer sur Terre. Je suis pas ta personne, mais il va en avoir un autre. Un autre mieux modelé pour le toi de maintenant.
Tu me regardes dans les yeux, on parle pu. Je sais pas pourquoi j’avais besoin d’être si franc et direct mais le bien que ça m’a fait! Ouf! Tu m’as sûrement trouvé méchant sur le coup, mais quand on y repense, c’est franchement pas le pire 30 minutes de notre vie, notre si jeune vie.
Tu te lèves, montes la valise sur ses roulettes. Je suis le mouvement. Tu t’approches de la porte, une main sur la poignée.
Une dernière caresse?
Je m’approche de toi, j’ai pas super envie. Je mets ma main sur la tienne qui tient la valise. J’essaie de faire mon plus doux sourire.
Je préfère pas. On est correct comme ça.
Ta tête acquiesce dans les airs mais je sais que t’es pas d’accord, tes yeux qui se remouillent me l’indiquent. T’inspires, tournes la poignée et ce sera la dernière fois qu’on va avoir été sous le même toit. La dernière fois qu’on va s’être fait mal. Le dernier bris, la cassure ultime.

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