Secours Rire
Secours Rire réunit artistes de scène, cirque, rue et visuel. Depuis 2010, il mêle action humanitaire et art clownesque.
05/06/2026
Anaïck Poisson
Jeudi 5 mars 2026
UN ŒIL DANS LE NEZ DU CLOWN
À quoi ça sert? C’est quoi? Pourquoi? …
« Transmettre un art vivant avant qu’il ne s’efface. »
D’abord et avant tout, Un œil dans le nez du clown est un projet qui sert à un vieux clown fou de terminer son tour de manège en beauté. Ben non Jacko, je l’sais, c’est pas pour toi que tu fais ça, arrête de capoter.
C’est pour moi.
Et c’est pour tout le monde.
Clown ou pas.
C’est pour faire vivre le clown parce que le clown doit vivre.
C’est tout.
Cet été, j’ai passé deux mois à traverser l’Europe de l’Espagne à la France, à la suisse, à la France, à la suisse, à la France, à la suisse, à la France... Avec un homme qui a passé sa vie à faire rire… Je viens les larmes aux yeux juste à y penser. À faire rire les enfants, les adolescents blasés, les vieillards impotents, les gendarmes, les psychosés, les bombardés, les affamés… il a fait rire des personnes qui n’avaient même jamais ris ou vu de sourire… Il a passé sa vie à faire rire tout le monde qui s’est retrouvé, par quelconque hasard, ou pas, sur son passage.
Bref, cet été, j’ai passé deux mois à rire.
Avec Monsieur Jacko.
Que j’adore.
Pendant ce voyage, que je voyais comme le début de ma vie, je rencontrais sans arrêt des clowns de toutes sortes, je me prélassais et j’écrivais à propos des tourments de la jeune adolescente de 23 ans que je suis.
Quand mon vieux clown m’a demandé de lui présenter mes écrits, j’ai été un peu embêté de n’avoir que des histoires de coeur et quelques citations de clown à lui offrir.
Ça’ l’air que j’étais pogné du cul, que j’avais besoin d’un bon coup de pied au derrière ou quelque chose comme ça.
Alors je m’en suis infligé un bon.
HAHAHA
Qu’est-ce que je raconte.
BON!
Pourquoi je me suis embarqué là-dedans :
Parce que je n’avais rien de mieux à faire! C’est vrai! C’était la meilleure chose que je puissais faire en tant que jeune fœtus de clown patencore conçue. Dans ma tête à ce moment-là, c’était « M. Jacko, -le fondateur de Clown sans frontière-, m’invite à parcourir l’Europe à la recherche de vieux clowns » Il n’y avait AUCUNE chance que je manque ça. Je sais pas comment vous dire…. c’était ça, c’était sûr, j’avais pas d’autres choix, j’étais bénis par les Clowns!
J’avais 23 ans, toutes mes dents, toute la vie devant moi mais pas une seconde à perdre, c’était maintenant ou jamais.
J’allais devenir CLOWN
C’était tout ce qui m’intéressait! (ça p*s les garçons… connerie)
À moi, ça m’a servi à tellement de choses.
Premièrement, à rencontrer Jacko de tout près. À devenir son apprenti, sa clownette miniature, sa meilleure amie du monde. Regarder Jacko respirer et exister, c’est déjà un stage de clown assez complet à mon avis. Ensuite, l’écouter parler, c’est une classe de maître. Mon grand regret du voyage, c’est de ne pas l’avoir enregistré à chaque fois qu’i racontait une nouvelle histoire (je dis nouvelle parce que m’a te dire qu’il y en a quelques-unes que je pourrais réciter par cœur en sivouplait) ou qu’il m’expliquait qu’est-ce qu’il en pensait, LUI de ça p*s ci p*s ça. Voyager avec un clown (un vrai), ça débouche les artères du cerveau. On n’a pas le temps pour le flafla, on dit c’qu’on pense et on pense c’qu’on dit. J’ai appris à parler franchement. Vous me crérez pas, mais en vrai, je suis pogné du cul, p*s même moi, je ne le savais pas. Reste encore ben des crottes à décrotter dans mon cerveau de civilisée, mais MERCI Jacko, au moins, à s’t’heure,
je l’sais.
Deuxièmement, à rencontrer des gens (beaucoup!) qui ont réalisés l’exploit de faire exactement ce qu’ils voulaient de leur foutue vie. Et le meilleur, c’est qu’ils voulaient exactement la même chose que moi. J’ai rencontré des femmes et des hommes qui ont vécu une vraie de vraie vie de clown. ÇA EXISTE! Même qu’ils ont tous une maison, de la nourriture et certains ont même élevé des enfants à travers tout ça. Il y a des enfants qui ont des parents clowns! C’est vrai! Des gens heureux comme j’ai pas vu souvent. Des gens de toutes sortes. C’est aussi ce que j’ai découverts; à quel point l’art clownesque est infini et diversifié. Et toutes ces merveilleuses personnes ont sorti des phrases que j’avais jamais entendu et qui ont gravé mon âme à jamais. Des phrases tellement simples, comme « on donne trop de travail à notre tête. » ou « quand tu te sens perdu, regarde tes pieds. T’es au-dessus. »
Je me suis abreuvée des paroles de ces vieux clowns comme d’un élixir de vie et je m’en sers à tous les jours pour me retrouver et me faire du vrai gros fun avec moi-même de plus en plus souvent, de plus en plus fort et de plus en plus VRAI.
Et j’ai encore soif.
« L’important, c’est pas d’être juste, c’est d’être vrai. »
J’ai vu de mes yeux vu des preuves vivantes qu’être clown, ça existe. Et c’est sérieux.
J’ai aussi appris que j’avais de la misère à regarder le monde dans les yeux quand je parle, surtout ma famille. Que quand je raconte une histoire, j’articule pas et je marmonne (ah!). Que le rire, ça se passe exactement à la même place dans le corps que les pleurs. Que parler à voix haute c’est encore mieux qu’écrire pour se comprendre. Que je peux avoir du fun juste en me regardant dans le miroir. Vite de même, c’est ça qui me vient.
Mais dans le fond, ce que cette aventure là m’a appris de plus fort, c’est qu’il n’y a pas de meilleur remède à la bêtise humaine que le clown. Et c’est sûr que j’y dédie ma vie.
VIVE LE VIVANT
*Il parait que, à travers l’histoire de l’humanité, à chaque fois que ça va très mal dans le monde, les clowns refont surface! Comme une épidémie!
En ce moment, ça va mal et les clowns sont en train de refaire surface. Le projet de mon ami Jacko arrive au bon moment pour nous donner un bon coup de pied dans l’cul. La jeunesse d’aujourd’hui se fait ensevelir d’écrans, de relations artificielles et d’addiction virtuelles, on a besoin d’aide pour se sortir la tête du nombril. Ma grand-mère dit toujours : Ça prend un village pour élever un enfant! Les bébés clown ont besoin des conseils de leurs ailleux.
Un œil dans le nez du clown est un projet miraculeux. En récoltant les histoires, les voix, les différences et les ressemblances d’une multitude d’humains qui ont dédié leur vie au rire, le projet rend accessible une quantité ahurissante d’espoir et de motivation pour les jeunes artistes. C’est important que les jeunes clowns de ce monde voient comme il est vaste ce monde. Comprennent combien il est grand. Combien il est beau et vrai. C’est un projet qui donne la possibilité de voir beaucoup plus loin que ce qu’on connait et croit possible. Il y a dans ces entretiens, des centaines de réponses à des questions qu’on ne savait même pas qu’on se posait. Ces récoltes sont précieuses. Ces récoltes sont nécessaires.
Parce qu’aujourd’hui, on a besoin plus que jamais des arts vivants, des regards, des rires, des connexions humaines et c’est là la mission des clowns.
Pour moi, c’est la solution pour vivre la fin du monde paisiblement.
C’est la réponse à toutes les guerres. C’est ma raison de garder la tête hors de l’eau quand je pense à toutes les années qu’il me reste à vivre dans ce monde de f**kés. Les robots VS les clowns. J’ai hâte de voir ça.
Tout le monde devrait être clown.
Mais ça c’est ma opinion.
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