Saegi Scale

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24/10/2024

Abdoulaye Sylla, in Boli ou l'etre de l'art, à paraitre bientôt, p.102 "La raison de cette convergence involontaire est le stylecte. J’entends par ce néologisme, nommer la forme que prend l’une des quelques modalités sous laquelle se manifeste ce second héritage que constitue le patrimoine culturel qui est transmis, à côté de l’hérédité biologique, à chaque membre d’une collectivité donnée. Cette sorte d’invariant culturel imprime le sceau du sociotope en l’individu, qui absorbe avec le lait maternel le style de ses ancêtres. Le stylecte est la voi(e)x de la horde primitive à laquelle l’on appartient. Il imprègne nos conduites, nos pratiques et nos créations, exprime, malgré nous, notre rapport au monde, le cachet de notre façon d’être humain.
Par l’analyse d’un grand nombre d’œuvres d’art africain, l’on a pu identifier l’existence d’un stylecte particulier. L’action de ce stylecte apparaît dans la conception qu’à l’Africain du domaine plastique comme organisé selon une physique. Fidèle à sa vision géométrique de l’univers, il a ainsi élaboré de grands principes logiques dans la déformation de Réel. Toute chose qui a induit un certain nombre de choix esthétiques dont on n’avait, jusque maintenant, pas compris la combinatoire. Pour produire son œuvre, l’artiste africain n’est pas sous l’emprise de l’irrationnel ni le jouet du hasard."

24/10/2024

Abdoulaye Sylla, in Boli ou l'être de l'art, à paraître bientôt , p. 117.

" Dans l’art pariétal du Namib et du Sahara, sur l’encolure des poteries khartoumiennes, au Xe millénaire avant notre ère, dans les pas de danse des initiés dogon, dans les scarifications sur le corps et le visage des Sénoufo, Tshokwé ou Oromo, dans les tresses des femmes à travers le continent… Une des figurations du Nommo sur laquelle j’invite le lecteur à se pencher un instant est celle que l’on trouve chez les Yorouba. Sur la plupart des bronzes de ce peuple, il y a représenté la ligne spiralée, en série simple, double ou triple, entrecroisée et qui fait retour sur elle-même pour former une boucle. Les sculpteurs Igun l’appellent « corde du monde » ou « corde de la vie ». Cette seconde dénomination est très intéressante en ce qu’elle éclaire un fait énigmatique à plusieurs milliers de kilomètres de Ilé-Ifé. Sur le mur ouest de la grande salle hypostyle du temple de Karnak, Horus et Seth font une libation au Nesout. Scène fréquente, que l’on rencontre des dizaines de fois dans l’art égyptien. Sauf qu’ici, un élément insolite interroge. En lieu et place du signe de la ligne ondulée qui coule habituellement des deux aiguières que tiennent ces dieux, il est gravé une chaîne formée de petits ankh accolés les uns aux autres. Le chemin de l’eau, symbole du Nommo, c’est la corde de la vie qui relie les êtres, les phénomènes et les choses de l’univers. Nous sommes ici effectivement, entre le delta du Niger et la vallée du Nil, en présence de systèmes de références réciproques, tel que l’a naguère affirmé Diop.
Si l’on trouve remarquables ces renvois culturels interafricains, la tradition orale nous offre encore mieux ! Elle commente, littéralement, des fresques peintes dans les monuments pharaoniques, dont les textes sont devenus obscurs. Ainsi, dans la scène déjà évoquée du tombeau de Séthi Ier, il y a le Dieu Rê, symbolisé par un homme portant un masque de bélier avec entre ses cornes recourbées un soleil."

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