NAQD
NAQD est une r***e périodique d'études et de critiques sociales, publiée en arabe et en français
Témoignage de Hafid HAMDI-CHERIF membre de la rédaction de NAQD
Un phare s’est éteint
Un homme droit dans une vie debout
Lors de la levée du corps de son frère Noureddine, disparu il y a quelques années, Mohamed a eu cette phrase : « Il est de ceux qui ont su braver les injures du temps et les injustices des hommes. ». Je crois que cette phrase s’applique aussi complètement à lui. Le temps viendra où il faudra revisiter son œuvre, la faire vivre. Pour le moment c’est l’homme qui va manquer.
J’ai rencontré Mohamed Harbi la première fois par l’intermédiaire de René Gallisot en 1983; Mais c’est après, avec Saïd Chikhi et Daho Djerbal que j’ai eu à mieux le connaitre, à le fréquenter plus régulièrement, à surtout avoir l’honneur d’être introduit dans sa famille, et à avoir sa confiance. Des anecdotes personnelles m’ont permis de mesurer l’étendue de cette confiance et surtout de m’apercevoir combien était important pour lui de chercher avant tout à préserver ses amis.
Doublées d’une extraordinaire intelligence des rapports humains, sa très grande générosité et son ouverture d’esprit et de cœur n’empêchaient nullement une intransigeance lorsqu’il s’agissait des principes auxquels il tenait, même si souvent il le faisait avec nuance et souplesse. Irrécupérable, il se prêtait à tout le monde mais ne se donnait à personne et, en homme libre, ne faisait aucune concession.
D’une honnêteté à toute épreuve, toujours à cheval sur la grande histoire, il était en même temps totalement algérien et totalement cosmopolite. Et malgré toute sa vision critique, son patriotisme restait toujours intact. Un jour, à ma question de savoir si le premier novembre 1954 était à refaire, il me répondit : «il n’y avait pas d’autre solution ! ». Il avait l’Algérie au cœur, douloureusement, parce qu’elle ne correspondait à ce qu’il aurait souhaité qu’elle soit. Combien de fois, lorsque je l’appelais le matin pour prendre de ses nouvelles, il me disait : « J’ai passé la nuit avec toutes ces morts ; l’Algérie me hante. » Un ami me disait il y a quelque temps à son sujet : « si tu veux penser en bien à L’Algérie, pense à cet homme. »
Il était admiré par les plus grands. Le philosophe Etienne Balibar qui lui vouait une admiration et une affection sincères me confiait un jour que l’une de ses plus grandes fiertés était d’avoir réuni à déjeuner Mohamed Harbi et Edouard Saïd.
Toujours poussé, par une extraordinaire exigence de précision, et armé d’une culture encyclopédique, tout chez lui passait par le comparatisme ; avec l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe de l’est; il savait l’Algérie dans le monde, et savait aussi que pour comprendre, il fallait comparer. Mais c’est surtout cette manière qu’il a eu de tresser son histoire personnelle avec notre destin à tous qui restera sa marque de fabrique.
En ces temps de recul de la pensée et de la critique, où chacun se réfugie dans sa tribu et voit midi à la porte de sa cabane, ce regard au loin, cette vision et cette clairvoyance vont terriblement manquer. Comme vont me manquer, à titre personnel ces rencontres en tête-à-tête ou à plusieurs avec des amis, à sa table chez lui ou ailleurs, où chaque phrase est une leçon que l’on regrette après de ne pas avoir enregistrée
Mais il reste sa trace, son œuvre, ce qu’il a produit et sa vie comme exemple.
Un phare s’est éteint, mais sa lumière reste vive. Espérons qu’elle puisse éclairer le chemin de générations à venir pour qu’elles puissent faire fructifier les graines qu’il a semées.
Un phare s’est éteint
Un homme droit dans une vie debout
Lors de la levée du corps de son frère Noureddine, disparu il y a quelques années, Mohamed a eu cette phrase : « Il est de ceux qui ont su braver les injures du temps et les injustices des hommes. ». Je crois que cette phrase s’applique aussi complètement à lui. Le temps viendra où il faudra revisiter son œuvre, la faire vivre. Pour le moment c’est l’homme qui va manquer.
J’ai rencontré Mohamed Harbi la première fois par l’intermédiaire de René Gallisot en 1983; Mais c’est après, avec Saïd Chikhi et Daho Djerbal que j’ai eu à mieux le connaitre, à le fréquenter plus régulièrement, à surtout avoir l’honneur d’être introduit dans sa famille, et à avoir sa confiance. Des anecdotes personnelles m’ont permis de mesurer l’étendue de cette confiance et surtout de m’apercevoir combien était important pour lui de chercher avant tout à préserver ses amis.
Doublées d’une extraordinaire intelligence des rapports humains, sa très grande générosité et son ouverture d’esprit et de cœur n’empêchaient nullement une intransigeance lorsqu’il s’agissait des principes auxquels il tenait, même si souvent il le faisait avec nuance et souplesse. Irrécupérable, il se prêtait à tout le monde mais ne se donnait à personne et, en homme libre, ne faisait aucune concession.
D’une honnêteté à toute épreuve, toujours à cheval sur la grande histoire, il était en même temps totalement algérien et totalement cosmopolite. Et malgré toute sa vision critique, son patriotisme restait toujours intact. Un jour, à ma question de savoir si le premier novembre 1954 était à refaire, il me répondit : «il n’y avait pas d’autre solution ! ». Il avait l’Algérie au cœur, douloureusement, parce qu’elle ne correspondait à ce qu’il aurait souhaité qu’elle soit. Combien de fois, lorsque je l’appelais le matin pour prendre de ses nouvelles, il me disait : « J’ai passé la nuit avec toutes ces morts ; l’Algérie me hante. » Un ami me disait il y a quelque temps à son sujet : « si tu veux penser en bien à L’Algérie, pense à cet homme. »
Il était admiré par les plus grands. Le philosophe Etienne Balibar qui lui vouait une admiration et une affection sincères me confiait un jour que l’une de ses plus grandes fiertés était d’avoir réuni à déjeuner Mohamed Harbi et Edouard Saïd.
Toujours poussé, par une extraordinaire exigence de précision, et armé d’une culture encyclopédique, tout chez lui passait par le comparatisme ; avec l’Amérique latine, l’Afrique, l’Europe de l’est; il savait l’Algérie dans le monde, et savait aussi que pour comprendre, il fallait comparer. Mais c’est surtout cette manière qu’il a eu de tresser son histoire personnelle avec notre destin à tous qui restera sa marque de fabrique.
En ces temps de recul de la pensée et de la critique, où chacun se réfugie dans sa tribu et voit midi à la porte de sa cabane, ce regard au loin, cette vision et cette clairvoyance vont terriblement manquer. Comme vont me manquer, à titre personnel ces rencontres en tête-à-tête ou à plusieurs avec des amis, à sa table chez lui ou ailleurs, où chaque phrase est une leçon que l’on regrette après de ne pas avoir enregistrée
Mais il reste sa trace, son œuvre, ce qu’il a produit et sa vie comme exemple.
Un phare s’est éteint, mais sa lumière reste vive. Espérons qu’elle puisse éclairer le chemin de générations à venir pour qu’elles puissent faire fructifier les graines qu’il a semées.
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