CTAH-Recherche
L’objectif principal de l’association est d’informer sur les troubles de l’humeur (notamment les troubles bipolaires) et les troubles anxieux.
22/05/2024
Le cas de Mlle M. Partie 4 : Ce que j’ai entendu de la part des soignants au sujet de la bipolarité
Depuis maintenant 1 an, je suis suivie par une psychologue. Au bout de quelque mois de suivi, elle a pu m’être en lumière de son côté le mot « bipolarité ». Sans pouvoir aller plus loin.
En Février dernier (2023), j'ai fait une tentative de su***de par IMV avec des Anxiolytiques. Cela me semblais être une issue agréable car submergée par pleins d’événements, je n'avais plus la force de continuer. Des suites de cet incident, j'ai étais hospitalisé 3 semaines en clinique psychiatrique à la clinique du Dauphiné à Grenoble. Pendant cette hospitalisation, j'ai eu un suivi psychiatrique avec un médecin qui a mis en lumière le mot « cyclothymique », puis plus rien. Cette hospitalisation n'avait pas pour but de poser un quelconque diagnostique, mais visé à me reposer.
En septembre dernier, j'ai eu ce besoin de me retrouver dans un état second pour combler ce vide qui m'envahissait. J'ai avalé plusieurs plaquettes de Tramadol, dans l'espoir de me retrouver dans cet état et j'avais l'envie que cela pourrait peut-être causer ma perte. Je suis allé le lendemain au travail. Je ne voyais rien et m'endormais au volant. Presque arrivé au travail, je me suis endormie et j'ai pris le trottoir. Je commence à me rendre compte que mon comportement peut-être dangereux autant pour moi que pour les personnes qui m'entoure et cela m'effraie.
Ce que pensent les soignants de mon trouble ?
- Pendant ces deux dernières années, j'ai essayé de parler de tout ça à mon médecin traitant de l'époque qui m'a simplement dit « Je ne penses pas que vous être bipolaire. Et vous Mlle M., pourquoi est-ce que vous pensez que vous êtes bipolaire ? ». Je n'y connais rien en bipolarité, je ne pense pas être quoi que ce soit non plus.
- Un premier psychiatre m'a coupé dans mes explications au bout de 15 minutes de consultation vidéo pour me dire que je faisais « une simple dépression mais que ça ira mieux avec un antidépresseur et un anxiolytique » mais qu'il ne pouvait pas faire de suivi avec moi.
- Un autre médecin m'a dit « tout le monde est sujet aux variations d'humeur ».
- Une infirmière m'a dit « vous savez aujourd'hui tout le monde se dit bipolaire ».
- Lors d'un premier rdv avec une nouvelle psychiatre, je lui ai présenté mes besoins quant à avoir un suivi en vue de ce que deux professionnels ont pu me dire sur la bipolarité. Elle m'a dit qu'on allait commencé un suivi ensemble et « qu'elle me donnerait des médicaments ». J'ai tout même demandé à ce médecin si il ne fallait pas que je lui parle un peu de moi avant que l'on parte sur la bipolarité et une prise médicamenteuse. Elle m'a répondue « on commence par le traitement et on verra si ça marche » et que cela nous fixerai.
Enfin une séance avec un expert des troubles de l’humeur
Depuis Novembre 2023 je suis suivie par le Médecin psychiatre qui se présente comme expert des troubles de l’humeur. Elle a mis en place un traitement (Lamictal et Escitalopram). Avec une augmentation progressive du Lamictal (200mg) et une dose constante de l'antidépresseur (15mg). Depuis 3 semaines, j'ai repris le travail après avoir subi une opération chirurgicale du genou qui m'a contraint à être posé sans trop de mobilité chez moi pendant 4 mois. J'ai l'impression d'avoir constaté du mieux dans mon quotidien depuis ce traitement. J'ai eu beaucoup moins de variations d'humeurs et je suis passé par très peu d’extrêmes. L'effet bénéfique du traitement était aussi peu être complété par le fait que je ne pouvais physiquement pas m’activer et j'ai aussi était beaucoup freinait par mon conjoint qui m'a aidé à me « canaliser » lorsque je commencé à « partir » comme il dit.
De plus, j'avais réussi à m'imposer un rythme de vie régulier, sous les conseils de ma psychiatre, lorsque j'étais arrêt de travail. Néanmoins, depuis ce traitement je me sens très fatiguée et épuisée. J'ai du mal à voir des gens car cela me demande trop d'énergie. J'ai alors, depuis ces trois dernières semaines, arrêté de mon plein gré l'Escitalopram et je me sens déjà plus énergique. Ce pic d'énergie est aussi peut-être dû à ma reprise d'activité professionnelle il y a 3 semaines aussi. Mais depuis la reprise de mon poste, je me sens de plus en plus dépassée et submergée par des sauts d'humeurs fréquents et très extrêmes.. J'ai l’impression que le changement de rythme et l’augmentation des stimulus extérieur me bouleversent mon rythme. Beaucoup d'allers retours dans une même journée font surface. Je peux maintenant me rendre compte quand mes changements font surface et cela met difficile de me retrouver face à mes réactions sans avoir les outils nécessaires pour atténuer les choses.
Souffrance depuis l’âge de 11 ans et toujours à la recherche de l’identité de mon trouble
Je ne cherche pas à mettre un mot sur ce qu'il se passe, mais j'ai besoin de trouver des solutions afin d'atténuer la souffrance qui me traverse depuis maintenant plus de 10 ans. Mettre un mot peu aussi parfois aider à mieux comprendre ce qu'il se passe et à adapter le meilleur suivis, mais mon envie principale est d'avoir un suivi professionnel où je me sens écoutée et non jugée, où mes ressentis ne sont pas atténués afin d'avancer dans une direction qui me permettra de moins souffrir au quotidien. Aujourd’hui j'arrive à poser toutes ces choses, à avoir du recul pour déceler que le fonctionnement que j'ai pu avoir ou que j'ai encore sont à l'origine de mon épuisement général. Je perçois des schémas qui se répètent comme un cycle irrégulier, j'ai des fonctionnement qui fluctuent autant dans le temps que par l'intensité de leurs conséquences. J'ai le sentiment profond que quelque chose ne va pas depuis ces années au collège. J'ai besoin de trouver un équilibre à mes changements brusques d'humeurs. J'ai pu trouver du réconfort dans le personnage de la BD de Lou Lubi « goupil ou face » et dans des témoignages de personnes cyclothymiques. Je me retrouve énormément dans ces personnes. Ayant fait lire ce dernier à mon entourage, j'ai compris que tout le monde ne ressentait pas la vie de cette même manière que moi.
Avis Dr Hantouche
Parfois, la lecture d’un bon ouvrage et les témoignages de patients est plus aidante que les informations et remarques des soignants
Avant tout, un patient a besoin de savoir de quoi il souffre – donc la recherche de l’identité du trouble et son explication au patient est une étape cruciale avant le début du traitement. Le parcours médical de Mlle M. est marqué par des messages et des questions assez confus et déroutants de la part des médecins et psychologues consultés.
1- En premier à la question du médecin traitant : « pourquoi est-ce que vous pensez que vous êtes bipolaire ? », il est impossible pour le patient d’argumenter son diagnostic. C’est au médecin de réaliser un entretien ciblé sur le questionnement de la patiente au sujet de la bipolarité et de faire passer des questionnaires spécifiques de dépistage des épisodes de manie/hypomanie et de la cyclothymie (cf les images montrant les scores sur les indices de la bipolarité)
2- Après un entretien de 15 minutes, le psychiatre déclare le diagnostic « une simple dépression mais que ça ira mieux avec un antidépresseur et des anxiolytique » - c’est largement insuffisant que le diagnostic se limite à l’épisode actuel sans exploration de l’histoire complète où les éléments typiques de cyclothymie sont bien présents et décrits par Mlle M. De plus, l’instauration d’un AD chez un cyclothymique en phase dépressive l’expose à un ensemble de complications qu’on peut facilement éviter en obtenant le diagnostic précis avant de prescrire. En effet, Mlle M. a pris l’AD (paroxétine) pendant 2 mois et son état s’est aggravé avec ce traitement et amélioré après son arrêt.
3- Un autre médecin déclare que « tout le monde est sujet aux variations d'humeur » ; on peut se demander à quoi ça sert de livrer de tels commentaires à une personne qui souffre. Comme si on dit à un patient diabétique, que « tout le monde à une glycémie » ! ce qui compte ce n’est pas les variations d’humeur mais leur intensité, leur récurrence et surtout leur impact sur la santé et le fonctionnement
4- Au sujet de l’infirmière qui dit à Mlle M. : « vous savez aujourd'hui tout le monde se dit bipolaire », comme s’il s’agit d’un phénomène de mode ! on a le droit de se dire ou de penser qu’on est bipolaire et c’est au médecin, psychologue ou psychiatre de faire le bilan clinique pour s’assurer que le cas de Mlle M. répond ou pas aux critères de la bipolarité – En effet, sur le questionnaire du CTAH, Mlle M. a obtenu un score de 11/11 (seuil 7) sur MDQ et de 30/32 sur la CL Hypomanie (seuil 14) avec un score de 20/21 tempérament cyclothymique et 19/21 tempérament hyperthymique et un score de 41/50 sur le questionnaire cyclothymie / dépression à potentialité bipolaire (score seuil 25). Donc, aucun doute sur la nature bipolaire (forme cyclothymique) et les manifestations vécues par Mlle M. ne sont pas de simples variations physiologiques de l’humeur ! enfin, ce n’est pas tout le monde qui est bipolaire mais la fréquence du spectre bipolaire est évaluée entre 3 et 6% de la population et au moins la moitié des dépressions récurrentes et/ou résistantes
5- Enfin, concernant la psychiatre experte des troubles de l’humeur qui explique à Mlle M. « on commence par le traitement et on verra si ça marche » ; il s’agit du Lamictal avec un AD – une prescription basée après un entretien assez rapide qui a étonné Mlle M. et demandé au psychiatre s’il ne fallait pas qu’elle parle un peu d’elle. En effet, Mlle L. a raison de faire cette demande, car prendre un peu de temps de l’écouter permet une exploration de son tempérament affectif et de ses antécédents personnels. Celle-ci a permis d’identifier un profil particulier de la bipolarité de Mlle L caractérisé par des scores élevés de cyclothymie, d’hyperthymie et d’intensité affective. Ce profil est plutôt répondeur au lithium et prédictif d’une aggravation avec le Lamictal et notamment un AD prescrit avec. Le mélange de ces deux molécules est assez néfaste pour une personne avec un tempérament intense hyperthymique
En d’autres termes, le malade n'est pas juste « bipolaire ou pas bipolaire » mais a besoin d’avoir un diagnostic le plus précis de la configuration clinique et tempéramentale de sa bipolarité. Pour cela, la règle des « cinq E » est requise : Ecoute / Enquête – Exploration / Evaluations / Education (psycho) / Explication. Sinon, un diagnostic hâtif de bipolarité n’a aucune valeur et surtout l’effet du traitement prescrit de cette manière est assez aléatoire et souvent contre-productif.
Il n’est jamais recommandé de donner un traitement et dire qu’on verra après. On commence par dessiner le profil clinique et on adapte le traitement en fonction de ce profil en expliquant clairement au patient ce qu’on peut attendre du traitement.
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