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Hommage à Erik Marchand - News - Théâtre de Cornouaille - Quimper Scène nationale de Quimper - Théâtre de Cornouaille
31/10/2025
Erik, je suis tellement triste.
T’as fait comme les chats qui partent mourir loin de la maison, cachés dans un tas de bois. Ça m’étonne pas de toi. Et puis tu avais tellement envie d’aller revoir tes camarades de Caransebeș, en Roumanie. Une mort à ton image.
On savait que tu étais malade depuis un moment, mais que tu ne voulais pas qu’on s’apitoie sur ton sort. Moi, je me disais : « Erik, c’est un phénix. » C’est pas la première fois qu’il a un coup de mou, il va revenir dans quelques mois sur scène et on se dira encore entre nous : « Il est trop fort… » Je me rappelle la dernière fois que je t’ai vu chanter : tu étais avec Youenn Lange dans un fest-noz hangar (les meilleurs, on était d’accord là-dessus !). Qu’est-ce que c’était bien ! Et pourtant, quelques semaines avant, on ne donnait pas cher de ta peau. Je suis passé te voir il y a un mois, tu m’avais dit : « Ça sent la fin », et dans la même phrase tu me demandais si je connaissais un prof de technique vocale pour faire de la rééducation, pour pouvoir reprendre le chant après les six mois d’arrêt recommandés par le médecin après l’opération. Tu voulais revenir sur scène. Ça te tenait.
On parlait de la mort, parfois. Tu disais que tu voulais finir à l’équarrissage, qu’on fasse de ton corps des croquettes pour ton chat. Retour à la nature. Toi qui attrapais les mouches et les souris à la main pour les remettre dehors sans les tuer.
J’avais vu un docu sur toi quand j’étais encore lycéen, on était quelques-uns à l’avoir vu et à vouloir faire pareil que toi, déménager en Centre Bretagne et aller voir les vieux pour apprendre à chanter. C’est marrant, on était plusieurs à se retrouver là à vouloir faire la même chose. Chanter avec toi, c’était mon rêve d’ado.
Tu nous as tellement transmis. Tu nous as montré que notre musique, c’était bien plus que des petites mélodies simples. Qu’il ne fallait jamais sous-estimer la richesse d’un air, d’une rythmique. Que la virtuosité, on pouvait la trouver dans notre culture. Tu nous as appris l’audace d’aller se frotter aux autres musiques, aux musiciens d’ailleurs. Qu’on n’avait pas à rougir de notre musique si on travaillait, si on creusait tous les détails. Je me rappelle t’avoir montré mes premiers raps, des vidéos d’Alem, champion du monde de beatbox, et toi tu m’as dit : « Vas-y ! »
Tu me disais aussi qu’on avait sans doute eu un peu la même enfance… Je sais pas. Des fils à maman, ça, c’est sûr. Mon enfance a sans aucun doute été plus facile. Mais tu pars au moment où je fais un spectacle là-dessus : les transmissions rompues, le collectage, les quêtes… Je vais beaucoup penser à toi en jouant Bastard...
Avec Kreiz-Breizh Akademi, t’as formé des centaines de personnes. T’as partagé tout ce que tu avais reçu.
Alors, quand j’entends : « Quand un vieux meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Toi, t’étais pas vieux. Et ta bibliothèque, elle n’a pas brûlé. Tu avais déjà distribué tous tes livres avant de partir.
Keno ha mersi dit.
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