Isabelle Erez Design
After working in France and Spain, Isabelle Erez has been offering event decorator services in Israel since 2007.
09/02/2024
Une semaine passée dans la monotonie de cette P…de guerre.
126 jours
136 otages
1200 morts
14070 blessés hospitalisés
Je ressens désormais moins l'impérieux besoin d'écrire. Bien que l'horreur du 7 octobre persiste, je me suis habituée à cette existence au sein d'un Israel en guerre.
Mon frère et ma belle-sœur (aussi mon Amie d’enfance), dits Lolo et Nini, ont fait le voyage jusqu'en Israël pour apporter leur soutien à Israël et se joindre à moi dans mon bénévolat sur le stand de crêpes.
Motse Shabbath.
Comme à mon accoutumée, nous nous sommes rendus sur la place des otages à Tel Aviv. La nuit était froide même très froide et imprégnée d'une humidité pesante. Ce rendez-vous du samedi soir constitue pour moi un hommage sincère aux familles touchées, leur offrant un semblant de réconfort et en exprimant ainsi toute ma compassion. Outre les paroles émouvantes et justes des otages libérés ou des familles d’otages encore là-bas, je me suis obligée d’entrer dans la reconstitution d'un tunnel. L'expérience fut atroce, horrible, déchirante. les bruits par le plafond, la sensation d'humidité et l'obscurité environnante m'ont glacée d'effroi. Ces quelques minutes, si longues pour moi, s'étirent sur quatre mois pour ceux qui vivent l'horreur des captivités et des tortures infligées par ces E….. .
Je suis sortie de ce micro-tunnel totalement bouleversée, anéantie, pétrie d'une peur indicible.
Dimanche matin.
Tel un rituel, depuis le début de cette guerre, je me plonge dans la page Instagram "bringthemlight_oct 7". Une façon pour moi de rendre un dernier hommage à ces jeunes vies fauchées le 7 octobre et à leurs visages rayonnants pour qu’ils restent imprégnés dans ma mémoire. Ces familles meurtries et brisées, leur douleur et leur souffrance me touchent si profondément.
Ces jeunes étaient là, simplement pour profiter d'une fête, de la vie, de danser et pourtant, ils ne sont plus.
Lundi matin.
Dès 9 heures, nous avons repris notre place à la frontière de Gaza pour notre stand de crêpes. Accompagnés de Patrizia, qui fait un stand de pâtes à la sauce tomate.
À chaque passage dans le sud, une profonde aversion pour ces individus du Hamas s'ancre davantage en moi. Je les hais. J’explique à Nini et Lolo les abris criblés de balles, les taches au sol qui témoignent les signes des véhicules incendiés. J’évoque la monstruosité de cette route, encore marquée par les séquelles des événements survenus il y a à peine 4 mois.
Une fois arrivés, nous avons monté notre stand de crêpes. Bien que moins nombreux, les soldats/réservistes présents ont su nous toucher par leur gratitude et leur bienveillance. L'annonce de la venue de Lolo et Nini pour les soutenir les a particulièrement émus. En un rien de temps, nos deux comparses se sont révélés de véritables experts en confection de crêpes.
Aux alentours de 13 heures, notre stand achevé, nous avons décidé de nous rendre à Reiim, lieu de la fête Nova. C’était à moins d’un quart d’heure de notre stand.
La saison des coquelicots est à son apogée. Cette fleur, à la fois fragile et éphémère, semble refléter la brièveté de ces vies interrompues trop tôt. La couleur rouge flamboyante évoque pour moi l'énergie et la passion de ces jeunes arrachés à la barbarie. Ce coquelicot qui symbolise également le souvenir des soldats tombés au combat.
La foule présente, silencieuse et sombre, témoignait de l'atmosphère pesante régnant en Israël en ces derniers 4 mois . Marchant entre les panneaux commémoratifs, je cherchais désespérément l'amie de mon fils Eliah. Mon cœur s'est serré lorsque j'ai découvert sa place. Yvonne, à peine âgée de 26 ans et mère d'un petit garçon de 4 ans, irradiait de beauté et de joie de vivre exceptionnelles.
Mardi soir.
Un What’s app de Sasson m’annonce le décès de son fils officier, mort à gaza. Sasson est mon épicier depuis plus de 30 ans. Nos enfants ont presque les mêmes âges. Sasson est le copain, le pilier, l’âme de notre quartier. Ce décès m'a plongé dans une profonde tristesse. Il y a à peine deux semaines, nous échangions des rires en partageant les photos de nos petits-enfants. Aujourd'hui, la petite fille d'un an de Sasson se retrouve orpheline de père.
Mercredi matin.
Retour dans le sud pour notre stand de crêpes. Nous terminons les crêpes un plus tôt car je souhaitais être présente à l'enterrement de David, le fils de Sasson.
Impossible pour moi de déterminer le nombre de personnes présentes, mais l'ambiance était empreinte d'une tristesse palpable, de sanglots étouffés. Mon cœur se serrait pour Sasson, sa famille, et sa petite fille. Je suis déchirée par le chagrin. Parmi les présents, je reconnaissais des amis de mes enfants, des voisins, des habitants du quartier. Nous étions tous réunis pour rendre un dernier hommage à ce jeune héros.
Quelques jours de ma vie dans ce contexte de P… de guerre.
Shabbath Shalom.
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