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25/07/2024

AYAM SIBA
De bouche à oreille
LE VIEUX BERGER
Il est dix heures, « Khadir », verse du thé à la menthe sans lever ses yeux du plateau, en continuant à raconter l’une des histoires qui lui a été rapportée par ses ailleuls. A soixante quinze ans, il a du entendre de bien belles commes de funestes. Celle qu’il raconte aujourd’hui, qui lui a été ressassée à maintes reprises par son père « Hadj Tayeb » qui lui-même la tient de son grand-père « Si L’Mehdi ». L’événement est arrivé alors que ce dernier est venu des montagnes du Rif, à la pleine du Gharb, en quête d’une opportunité et dans l’espoir de revenir à son hameau natal avec un pactole lui permettant d’améliorer sa situation et celle des siens. Mais le destin en a voulu autrement, et il n’est jamais revenu en arrière. De Douar en Douar il a galéré avant de s’installer dans la « k’bila » des « Oulad Rhim », où il s’est fixé après avoir épousé l’une de leurs filles.
« Khadir », après avoir siroté quelques gorgés de thé, reprend sa narration avec une pointe de tristesse. Il faut dire que c’est un homme érudit, c’est l’un des « Hamalat d’ Al Koraan » (il a apprit le Saint Coran par cœur). Il remercie son père pour cette bénédiction qui la tire, certainement de ces ancêtres. Les « Jbalas » sont connu par leur savoir théologique et sont des Imams dans la plupart des mosquées de Douars. Bien, dit « Si Khadir », quoiqu’il en soit, à l’époque quand mon arrière arrière grand-père est venu s’installer ici, les temps étaient difficiles, il travaillait dur à longueur de journée, rien que pour une piètre pitance. Chez certains il n’avait droit qu’aux restes. Il faut dire aussi que d’autres n’étaient pas bien lotis que lui. Avec sa bienveillance et son charisme, il a pu s’attirer la sympathie et le respect de la famille des « Ben ZERHOUN » dont il finit par épouser mon arrière arrière grand-mère.
Ce que rapporte les manuels de l’histoire sur cette période, n’est pas glorieux, certaines péripéties ont même étaient à l’origine d’une phrase sombre, voir ténébreuse de notre Histoire. L’anarchie, la loi du plus fort et la lutte pour la survie dominaient partout. Le passage de la stabilité relative qu’a connu la population, à l’insécurité grandissante, les gens ne pouvaient plus s’aventurer au-delà de certains territoires, ni pour voyager ni pour commercer. Les Douars vivent en autarcie, avec le manque qui se fait sentir localement, l’instinct grégaire des hommes prend le dessus. Ce que l’on a pas et que les autres l’on, on le leur prend, avec ruses, subterfuges souvent avec force. Pour empêcher les convoitises, il faut rester sur ses gardes et assurer la sécurité de la fraterie et de la K’bila.
« Oulad Rhim », à l’instar des Kabilats de la région, ne sont pas épargnés par la disette et les pénuries. Les terrains aux alentours sont marécageux et le travail de la terre ne satisfait pas les besoins necessaires. Estimé riche celui qui possède une vache ou quelques brebis. Les pâturages ne manquent pas mais assurer la sécurité de son petit cheptel contre des loups humains est bien plus perilleux que l’on puisse imaginer. Un code d’honneur, si l’on puisse dire, est instauré, on ne touche pas aux biens de la fraterie. Les hommes qui rapportent du butin d’ailleurs sont tenus en estime et salués comme des héros. Les raids effectués sont généralement faits sur des Tribus voisines. Les butins ciblés se limitent, la plupart du temps, à ce qui est comestible. Les hommes, tous forts et vigoureux s’ingénient pour accomplir leurs forfaits sans se faire connaître ni appréhender. Des années plutard ils racontent leurs exploits à leur descendants, certains avec fierté, d’autre avec amertume et regret se lamentant sur la précarité qu’ils vivaient et le besoin d’agir pour survivre.

À suivre

20/07/2024

AYAM SIBA
De bouche à oreille
LA BERGERE (FIN)
La barbarie de tels actes, trouve son origine dans la crainte, d’être montré du doigt comme un vaut rien, la crainte d’entendre dans son dos des murmures moqueurs à chaque passage, la crainte qu’on devient un paria dans sa communauté et le pire dans sa propre famille. Il faut dire aussi que l’absence de l’autorité centrale livre la population à elle-même sans loi ni foi. L’autorité des sages pallie ce manque, mais elle repose principalement sur le témoignage, quand cet argument fait défaut les choses sont généralement laissées à la bonté divine.
Des années durant, la razzia, le crime étaient le lot quotidien des populations. On se protège comme on peut, les plus indulgents se contentent de petit larcins pour survivre, ce qui leur à valut des surnoms correspondant à leurs forfaits peu « glorieux ». Beaucoup de famille garde encore ces étiquettes et en tirent un orgueil parfois compréhensible, clamant haut et fort que leur ascendant n’ont pas de sang sur les mains, sachant qu’avec le temps les langues se délient, et bien des crimes ont été élucidés. On général ces révélations ne sont faites qu’après que ceux qui en sont l’objet sont en attente du jugement dernier.
« Rendez à la fille ses brebis !! Rendez à la fille ses brebis !! Excuse-moi ma petite… » et l’âme quitta le corps flétrie, au visage noirci et à la barbe grise, de « Lakbir », c’était son dernier aveux au lieu de la « Chahada ».
Fin

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