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POLITIQUE :
Burkina Faso : l'opposition se réveille face au pouvoir en place
Dans la rue pour la première fois depuis le départ de Blaise Compaoré en 2015, l'opposition réclame des garanties pour que le pays ne sombre pas.
PAR JANET AKINYOVÉ (AVEC AGENCES)
Publié le 30/04/2017 à 15:18 | Le Point Afrique
Première grande manifestation de l’opposition contre le pouvoir en place au Burkina Faso.
Près de 5 000 personnes se sont réunies samedi à la Maison du peuple de Ouagadougou pour le premier grand rassemblement de l'opposition burkinabé recomposée depuis l'accession au pouvoir de Roch Marc Christian Kaboré à la présidence en décembre 2015.
"Après leur arrivée au pouvoir, notre désillusion est totale"
Prenant la parole devant les manifestants, le chef de file de l'opposition, Zéphirin Diabré, a déclaré qu'"après plus d'un an, après leur arrivée au pouvoir, notre désillusion est totale et notre découragement est sans pareil. Le Burkina Faso se porte très mal et le peuple est déçu." Avant de poursuivre : "Notre opposition est nouvelle, elle est plurielle (...) Elle comprend des libéraux, des sociaux-démocrates, des sankaristes (du nom de l'ancien président Thomas Sankara), des centristes, des communistes, et des gens sans appartenance politique (...) Nous ne sommes pas d'accord sur tout, mais nous tous sommes d'accord sur quelque chose : c'est que le MPP (Mouvement du peuple pour le Progrès, au pouvoir) gère mal le Burkina Faso", a lancé le chef de l'opposition Zephyrin Diabré, soulevant les acclamations de la foule.
La toute nouvelle plateforme de l'opposition comprend une trentaine de formations, mais surtout l'Union pour le progrès et le changement (UPC de Zephyrin Diabré) et le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, l'ancien parti de Blaise Compaoré).
Un nouveau rôle pour Zéphirin Diabré
Zéphirin Diabré a été pendant des années le principal opposant à Blaise Compaoré qui a été obligé de quitter le pouvoir après 27 ans à la tête du pays et l'insurrection d'octobre 2014. Celle-ci a porté au pouvoir après un an de transition et une élection démocratique des anciens barons du régime Compaoré passés peu avant dans l'opposition et qui ont créé le MPP. "Nos amis en face ont peur de la colère du peuple, peur d'une nouvelle insurrection. C'est normal. Comme on dit dans la tradition : L'assassin sait que le coup de gourdin fait mal (...) Qu'ils fassent attention !", a lancé l'opposant.
Le mot d'ordre "attention" a été repris à maintes reprises par les militants. Ce cri était justement un des principaux slogans pendant l'insurrection d'octobre 2014. Diabré a "rappelé que le peuple a faim, que les jeunes sont au chômage, que l'argent ne circule pas, que les soins ne sont pas gratuits (...) que les femmes sont dans la misère".
Roch Marc Christian Kaboré sous le feu des critiques
Moins d'un an après son arrivée au pouvoir, le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré se trouve sous le feu de critiques provenant de l'opposition mais aussi de son propre camp. "La corruption est repartie de plus belle au pays des hommes intègres (Burkina Faso)", estime Diabré.
Salifou Diallo, numéro deux du régime et du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) du président Kaboré avait lui déclaré un peu plus tôt : "Nous ne voulons pas d'une gestion classique et bureaucratique. Nous ne pourrons jamais régler les problèmes de l'emploi et du niveau de vie de nos populations en restant sur ces schémas" s'adressant directement à la ministre de l'Économie et des Finances Hadizatou Rosine Sori Coulibaly en juillet, lors de la présentation du budget au Parlement.
Diabré et l'ensemble de l'opposition ont présenté un programme commun ainsi qu'un "questionnaire de 200 marqueurs" pour suivre la politique du gouvernement. Élu en novembre 2015, le président Kaboré s'est engagé à faire reculer la pauvreté. Son gouvernement est parvenu à mobiliser quelque 28 milliards d'euros lors d'une conférence internationale organisée début décembre à Paris pour financer un très ambitieux Plan national de développement économique et social (PNDES) élaboré pour le mandat présidentiel qui s'achève en 2020.
Par ailleurs, le chef de l'opposition a évoqué la préparation d'une motion de censure.
RÉUSSITE ECONOMIQUE :
La tontine, ou le micro-crédit au féminin, fait recette au Sénégal
(AFP 30/04/17)
La tontine, ou le micro-crédit au féminin, fait recette au Sénégal
Après des mois d'attente, la Sénégalaise Ndèye Khari Pouye touche la cagnotte de la tontine, qui lui permettra de nourrir son élevage de poulets. Assise sur une natte à même le sol, l'heureuse élue cache mal son sourire.
Le bonheur de cette quinquagénaire, entourée par des femmes en boubou, est partagé par l'assistance, des habitantes de Médina, un quartier de la commune de Grand-Mbao à la périphérie de Dakar.
"C'est mon tour. Je viens de remporter les 300.000 FCFA de la tontine", précise Ndèye Khari Pouye, soit un peu plus de 450 euros.
Comme dans beaucoup d'autres pays africains, de très nombreuses Sénégalaises participent à une tontine pour financer leurs projets. Ce système d'épargne collective tournante, où chacun cotise et reçoit à tour de rôle, permet de surmonter les difficultés d'accès au crédit ou de taux d'intérêt dissuasifs. Ancré de longue date dans la culture africaine, il est largement le fait des femmes, mais des tontines mixtes existent aussi.
"La tontine est la seule façon d'économiser mon argent. Les taux d'intérêt à la banque sont trop élevés", confie Ndèye Binta Ndoye, qui participe à quatre tontines en même temps, dont celle de "tante Fatou", dans un autre quartier de Grand-Mbao.
De plus, "les institutions financières te font signer des tonnes de papiers, même des choses que tu ignores. Pour une analphabète comme moi, c'est trop compliqué", ajoute cette coiffeuse de profession, qui confie n'avoir "pas fait l'école".
- 'Femmes plus ambitieuses' -
Toutes les générations se côtoient et l'ambiance est bon enfant. Sur des chaises ou à même le sol avec des nourrissons dans les bras pour certaines, à tour de rôle, les femmes plongent leurs billets d'argent dans une calebasse.
"Chaque membre cotise 2.000 FCFA (environ 3 euros). On réunit la somme de la cagnotte qui est de 500.000 FCFA (environ 760 euros) et on la remet" à un gagnant chaque jeudi, explique "tante Fatou", de son vrai nom Fatou Cissé, gérante de cette tontine qui compte 250 membres et dure cinq ans.
Si dans certaines tontines l'argent est remis en mains propres, dans d'autres il peut être versé par un système de paiement par téléphone mobile, d'un usage devenu courant au Sénégal.
"Du temps de nos mères et grand-mères, les personnes du même âge se réunissaient pour former une tontine. L'argent qu'elles gagnaient servait aux fêtes familiales, comme les baptêmes", indique Fatou Cissé, une institutrice à la retraite.
"Maintenant, les femmes sont plus ambitieuses. Nous avons pris conscience que le gaspillage dans des cérémonies ne servait à rien et qu'il fallait investir (l'argent de la tontine) dans une entreprise durable", souligne Ndèye Binta Ndoye.
"Je suis la première femme d'un foyer polygame. Mon mari a entamé la construction de la maison et a eu des difficultés financières. Il nous a demandé, à ma coépouse et moi, de terminer" les travaux, dit-elle.
"Grâce à la tontine, j'ai construit trois chambres et un salon. J'attends de remporter encore une cagnotte pour construire le reste. Si les tontines n'existaient pas, je serais contrainte de contracter un crédit à la banque", poursuit la coiffeuse.
A Grand-Mbao, la seule autre solution de crédit est un réseau mutualiste qui exigerait une caution représentant 20% du prêt et un taux d'intérêt de 1,77%, avec un délai de remboursement de dix mois, selon une source proche du dossier.
- Système de discipline collective -
La tontine sert non seulement à lancer des projets, mais aussi à maintenir à flot des entreprises en difficulté, comme l'activité d'aviculture de Mame Ngoné Cissé.
"J'ai subi des pertes énormes au début de mon projet. Mais grâce à l'argent de la tontine, j'ai pu redémarrer mon activité. Dieu merci, mon business se porte bien", témoigne-t-elle.
Les tontines ont des comités de gestion, formés de cinq à huit personnes sachant lire et écrire, parmi de nombreuses partenaires illettrées.
Elle a beau n'avoir jamais étudié la comptabilité, c'est à Mané Niang, qui a arrêté ses études en première année de collège, que revient la lourde tâche de compter et recompter les billets de la tontine du quartier de la Médina.
"Je ne me trompe presque jamais dans le comptage de l'argent (...) J'appelle le nom d'une personne et elle vient déposer l'argent dans la calebasse. On calcule ensuite ensemble la somme. Nous vérifions toujours à l'aide d'une calculette", rassure-t-elle.
Pour renforcer la confiance et la transparence, des mesures sont prises. Par exemple, celle qui garde la caisse de la tontine ne réside pas dans le même domicile que celle qui en a la clef.
Des systèmes d'amende et de punitions symboliques sont également prévus pour pousser les membres à cotiser régulièrement.
"Une membre qui accuse un re**rd paie une amende de 200 FCFA. Et si elle persiste dans son re**rd, on la rétrograde sur la liste des prochaines gagnantes de la cagnotte. Il arrive même qu'on ne lui accorde pas de prêt jusqu'à ce que sa cotisation à la tontine redevienne normale", explique la gestionnaire du quartier de Médina, Mané Niang.
Mais la sanction de tout manquement aux obligations collectives est surtout d'ordre social.
"Culturellement, nous les femmes accordons beaucoup d'importance à la dignité et notre image face à la société", souligne Awa Cissé, à la tontine de "tante Fatou". "On n'ose pas +manger l'argent+ des tontines sans payer: sinon tu vas en entendre parler jusqu'à tes petits-enfants..."
HISTOIRE :
Les Haratines, les descendants d'esclaves mauritaniens ont manifesté ce samedi 29 avril dans les rues de Nouakchott pour fêter le quatrième anniversaire du Manifeste Haratines. Les Haratines réclament la fin des discriminations dont ils s'estiment toujours victimes. L'objectif de leur mouvement est de faire évoluer les mentalités et de «créer les conditions d'une cohabitation communautaire plus juste et plus harmonieuse», selon les organisateurs. Car il reste du chemin à parcourir.
« Le manifeste des Haratines appelle tous les Mauritaniens à se solidariser pour combattre l’injustice et d’ailleurs d’où qu’elle vienne, explique à RFI Boubacar Messaoud, président de SOS Esclave en Mauritanie. Il y a des Arabes qui sont opprimés, il y a des Arabes qui sont pauvres, il y a des Négro-Africains qui sont également pauvres. Il y en a même qui sont des descendants d’esclaves. Le pays a une société profondément inégalitaire. Et aujourd’hui nous avons vu que notre manifestation, notre manifeste, amène beaucoup de gens ».
Depuis le Manifeste pour les droits politiques économiques et sociaux des Haratines lancé en 2013, les mentalités bougent. « Les Haratines lèvent la tête, poursuit Boubacar Messaoud. Les Haratines dans ce pays ont toujours été instrumentalisés par leurs maîtres ou par leurs anciens maîtres. Mais aujourd’hui ils sont de plus en plus indépendants. Ça, c’est quelque chose que j’estime que nous avons nous créé. Nous avons nous participé à cet éveil-là ! »
Certains métiers et fonctions toujours difficiles d'accès
Mais aujourd'hui encore, les Haratines se sentent et se disent exclus de certains segments de la société, même si leur situation évolue. « Je ne dirais pas que les Haratines ne peuvent pas accéder à un certain type d’emplois, mais je dirais que pour tous les types d’emplois, les Haratines sont souvent les derniers à y accéder. Le problème c’est le problème des concours ; le problème, c’est le problème des recrutements... Effectivement, nous pouvons être recrutés comme les autres dans n’importe quel poste, mais nous sommes souvent refusés, surtout dans les enrôlements, dans l’armée, dans la police ou dans la douane…»
Certes, il y a quelques ministres Haratines mais une discrimination dans les recrutements persiste, poursuit Boubacar Messaoud « parce que nous sommes un Etat, une population qui n’est pas encore réellement devenue citoyenne. Ce sont des mentalités les plus difficiles à changer. Nous réclamons qu’on développe la citoyenneté. Que moi je sois un citoyen, [que] je ne sois pas un Hartani [singulier de Haratines], que je ne sois pas un Arabe, que je ne sois un Wolof, mais d’abord un Mauritanien ! ».
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